Loi Eckert : de quoi parle-t-on vraiment ?
Il y a des lois qui passent comme des comètes : elles brillent un jour au journal télévisé puis disparaissent dans l’oubli administratif. La loi Eckert, elle, continue de travailler dans l’ombre. Elle s’invite là où l’on parle rarement : dans les comptes oubliés, les livrets silencieux, les assurances vie que personne ne réclame après un décès.
Entrée en vigueur le 1er janvier 2016, la loi Eckert a un objectif simple, presque moral : empêcher que l’argent des épargnants disparaisse doucement dans les limbes bancaires. Elle encadre le sort :
Derrière ces termes techniques, il y a des histoires très humaines : un livret ouvert pour un enfant et jamais clôturé, une assurance vie constituée pierre après pierre par un parent prudent, un compte à vue figé depuis des années après un décès. L’argent est là, mais les héritiers l’ignorent. C’est précisément ce fossé entre patrimoine réel et héritiers légitimes que la loi Eckert tente de combler.
Comptes inactifs : quand un compte devient-il « silencieux » ?
Tout commence par une notion clé : l’inactivité. La loi Eckert donne une définition précise du compte dormant. Un compte est considéré comme inactif lorsque :
Les délais varient selon le type de compte :
Au-delà de ces délais, la banque n’a plus le droit de laisser cet argent dormir tranquillement sur ses serveurs. Elle doit le transférer vers la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC), un peu comme si l’argent était placé en « consigne » dans une grande chambre forte publique, dans l’attente des héritiers.
Et après :
Oui : un compte oublié peut donc finir, après un long voyage, dans les caisses publiques, sans jamais avoir profité à ceux pour lesquels il avait été accumulé.
Décès du titulaire : ce que la loi Eckert impose aux banques
Avant la loi Eckert, certains comptes restaient inertes pendant des décennies après le décès de leur titulaire. Les banques n’étaient pas toujours très pressées de retrouver les héritiers, et l’inertie faisait le reste.
Aujourd’hui, les établissements ont des obligations claires en cas de décès :
Autrement dit, la banque ne peut plus se contenter de garder cet argent en silence. Elle devient, en quelque sorte, gardienne temporaire d’un patrimoine en transit, puis passe le relais à l’État.
Assurance vie et décès : ce qui change avec la loi Eckert
L’assurance vie a longtemps été le refuge favori des Français prudents. Mais elle a aussi été le terrain des grandes absentes : les assurances vie non réclamées. Des contrats souscrits, alimentés, mais jamais versés aux bénéficiaires, tout simplement parce que ceux-ci ignoraient leur existence.
La loi Eckert a renforcé, de manière radicale, les obligations des assureurs.
En cas de décès du souscripteur, l’assureur doit désormais :
Et si personne ne se manifeste ?
C’est un point essentiel : une assurance vie non réclamée ne dort plus éternellement chez l’assureur. Elle prend le même chemin que les comptes bancaires inactifs : direction Caisse des Dépôts, puis, après un long silence, l’État.
Comment savoir si un proche décédé avait une assurance vie ?
L’une des grandes tragédies financières modernes, ce n’est pas l’argent perdu, mais l’argent ignoré. Comment un héritier peut-il réclamer un contrat dont il ne soupçonne même pas l’existence ?
La loi Eckert a contribué à structurer les démarches. L’outil central, c’est l’AGIRA (Association pour la Gestion des Informations sur le Risque en Assurance).
En pratique, si vous pensez qu’un proche décédé avait souscrit une assurance vie :
Délais indicatifs :
Cette démarche est gratuite. Elle permet de faire remonter à la surface des contrats que l’on croyait perdus dans le brouillard des années.
Comment retrouver les comptes inactifs et sommes transférées à la Caisse des Dépôts ?
Pour les comptes bancaires, livrets, PEL, mais aussi les assurances vie déjà transférées à la Caisse des Dépôts, un autre portail est devenu incontournable : Ciclade.
Ciclade, c’est un peu le guichet des fortunes endormies. Vous pouvez y rechercher :
La démarche est relativement simple :
Important à retenir :
Ciclade est devenu un réflexe à avoir dans toute succession un tant soit peu complexe. Entre les comptes multiples, les banques oubliées, les contrats dormants, il réserve parfois des surprises… bonnes, pour une fois.
Héritiers : quels sont vos droits sur les comptes et assurances vie ?
Lors d’un décès, deux univers s’entrecroisent : celui de la succession classique (comptes bancaires, biens, placements…) et celui de l’assurance vie. La loi Eckert ne change pas les règles civiles de fond, mais les rend plus concrètes.
Sur les comptes bancaires du défunt :
Sur l’assurance vie :
Dans les deux cas, la loi Eckert agit en coulisses en imposant :
Vous n’avez donc plus à vous contenter de ce que l’on vous dit vaguement au guichet. Vous pouvez, documents à l’appui, activer les leviers prévus par la loi.
Les délais à ne pas oublier… sous peine de tout perdre
Le temps est l’allié discret des assureurs et des banques, mais il peut devenir l’ennemi des héritiers inattentifs. Voici, rassemblés, les grands délais à avoir en tête :
En clair :
La loi Eckert a donc instauré une sorte de sablier juridique : l’argent est protégé, mais pas éternellement. Aux héritiers de ne pas laisser le sable filer sans réaction.
Les erreurs fréquentes des héritiers (et comment les éviter)
Dans la pratique, certaines maladresses reviennent sans cesse. Elles coûtent parfois cher. En voici quelques-unes, avec leurs antidotes.
1. Penser que « s’il y avait une assurance vie, on le saurait »
2. Négliger les « petits comptes »
3. Attendre trop longtemps avant d’engager les démarches
4. Croire que l’assureur ou la banque va forcément prendre l’initiative
Quelques conseils pour préparer vos proches… tant que vous êtes encore là
On parle beaucoup des droits des héritiers, mais la loi Eckert rappelle discrètement une vérité moins confortable : le meilleur moyen d’éviter que votre argent se perde, c’est encore d’anticiper vous-même.
Quelques gestes simples peuvent tout changer :
La loi Eckert tente de recoller les morceaux après coup, mais une préparation minimale transforme la succession en passage de relais, plutôt qu’en enquête policière.
Loi Eckert : un filet de sécurité, pas une baguette magique
La loi Eckert ne promet pas de miracles. Elle ne ressuscite pas les comptes engloutis depuis cinquante ans, elle ne force pas les banques et assureurs à retrouver chaque héritier perdu au bout du monde. En revanche, elle impose des règles, des délais, des obligations de transparence qui n’existaient pas – ou mal – auparavant.
Pour les héritiers, elle dessine un chemin clair :
Entre les lignes de cette loi, on distingue une idée simple : l’argent n’est pas une abstraction comptable, c’est la trace matérielle de vies entières passées à travailler, à économiser, à prévoir. Laisser ces sommes se dissoudre sans tentative pour les retrouver, c’est laisser s’effacer une part de cette histoire.
La loi Eckert ne fait qu’ouvrir la porte. Aux héritiers de franchir le seuil, tôt, armés de quelques documents, de patience… et d’une idée claire : ce qui a été économisé pour eux ne devrait pas se perdre par simple oubli.


