La plupart des assurés découvrent vraiment ce qu’est une franchise le jour où ils attendent un remboursement… et qu’ils reçoivent beaucoup moins que prévu. Derrière ce terme technique, il y a un mécanisme simple, mais qui peut coûter cher si vous ne l’anticipez pas. Pour éviter les mauvaises surprises, il faut comprendre comment la franchise s’applique, ligne par ligne, dans vos contrats auto, habitation, santé ou professionnels.
Franchise assurance : définition pratique et pièges courants
Dans un contrat d’assurance, la franchise est la part du sinistre qui reste à votre charge, même quand vous êtes bien couvert et que l’assureur reconnaît le dommage. Elle s’exprime soit en euros (150 €, 300 €, 500 €…), soit en pourcentage, soit en nombre de jours (en assurance perte de revenus par exemple).
Concrètement, si vous avez une franchise de 300 € et un dégât pris en charge à hauteur de 1 200 €, l’assureur vous rembourse seulement 900 €. Les 300 € restants sont pour vous, quoi qu’il arrive.
Trois formes de franchise se retrouvent régulièrement dans les contrats :
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Franchise absolue : c’est la plus courante. Si le montant du sinistre est inférieur à la franchise, vous ne touchez rien. S’il est supérieur, l’assureur vous rembourse le sinistre moins la franchise.
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Franchise relative (ou simple) : si le montant des dommages est inférieur à la franchise, aucun remboursement. S’il est supérieur, l’assureur prend en charge la totalité du sinistre, sans déduction.
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Franchise en pourcentage : plus rare pour les particuliers, elle se calcule sur la valeur assurée ou sur le montant du sinistre (par exemple 10 % des dommages).
Le problème, c’est que beaucoup d’assurés se limitent au montant de la prime annuelle sans lire, précisément, le paragraphe sur la franchise. Sauf que c’est souvent là que se joue l’économie réalisée… ou le trou dans le budget après un sinistre.
Pour une vision structurée du sujet et des différents types de franchises (absolue, relative, spécifique, par sinistre, par année…), vous pouvez consulter notre dossier complet sur la définition et le fonctionnement des franchises d’assurance avant même de signer ou renégocier un contrat.
7 situations concrètes qui montrent l’impact de la franchise sur vos remboursements
Rien ne vaut des cas concrets pour mesurer, euro par euro, l’effet réel de la franchise sur ce que vous touchez (ou pas) après un sinistre. Les exemples qui suivent sont basés sur des cas récurrents que l’on rencontre en cabinet de courtage ou lors des litiges entre assurés et compagnies.
1. Pare-brise fissuré : la franchise auto qui annule (presque) l’intérêt de la garantie
Vous roulez sur l’autoroute, un gravillon projette un impact sur votre pare-brise. Résultat : remplacement complet, devis à 480 €. Votre contrat auto tous risques prévoit une franchise bris de glace de 150 €.
- Montant du dommage : 480 €
- Franchise : 150 €
- Remboursement effectif : 480 € – 150 € = 330 €
Vous récupérez 330 €, l’assureur règle directement le garage, et vous payez le reste. Vous avez l’impression d’être aidé… mais si, demain, la franchise augmente à 250 € pour faire baisser votre prime annuelle, l’intérêt de déclarer un petit sinistre devient discutable :
- Avec 250 € de franchise, vous ne gagnez plus que 230 € sur un pare-brise à 480 €.
- Le sinistre sera inscrit dans votre historique (et parfois impactera votre bonus-malus ou vos conditions de renouvellement).
Ce cas illustre une vérité simple : sur les petits sinistres auto, une franchise trop élevée peut transformer une bonne couverture en garantie presque théorique. Il faut comparer la franchise au coût moyen des dommages que vous risquez réellement (pare-brise, petits chocs, rayures…).
2. Dégât des eaux minime : une facture pour vous, zéro euro de la part de l’assureur
Vous avez une assurance habitation avec une franchise de 250 €. Une fuite au niveau d’un joint provoque une auréole d’humidité au plafond de votre salon. Après devis, le peintre vous facture 220 € pour la remise en état.
- Montant du dommage : 220 €
- Franchise : 250 €
- Remboursement effectif : 0 € (le dommage est inférieur à la franchise)
Résultat : vous ne déclarez même pas le sinistre, car vous savez qu’il ne sera pas pris en charge. Vous payez entièrement la réparation de votre poche, alors que vous avez une garantie dégât des eaux… sur le papier. Pour les petits sinistres domestiques, une franchise élevée revient parfois à s’auto-assurer par défaut.
Dans ce type de configuration, mieux vaut :
- Soit choisir une franchise plus basse, quitte à payer une prime un peu plus élevée.
- Soit accepter une franchise élevée, mais constituer une épargne de précaution pour couvrir les petits sinistres récurrents (peinture, petites réparations).
3. Dégât des eaux important : une franchise qui pèse lourd sur un gros chantier
Autre scénario habitation : rupture d’un flexible de machine à laver. L’eau se répand, imbibe le sol, détériore le parquet et les meubles d’un salon. Le devis global s’élève à 8 000 € (parquet, peinture, mobilier).
Votre contrat prévoit :
- Garantie dégâts des eaux : oui
- Franchise : 400 €
- Montant du dommage : 8 000 €
- Franchise : 400 €
- Remboursement effectif : 7 600 €
Vous recevez une indemnisation correcte, mais 400 € restent à votre charge. Dans l’absolu, ce n’est pas dramatique. Mais si vous comparez deux contrats concurrents, l’écart peut devenir significatif :
- Contrat A : prime annuelle 280 €, franchise 400 €
- Contrat B : prime annuelle 310 €, franchise 150 €
Sur ce seul sinistre, le contrat B vous fait gagner 250 € supplémentaires (400 € – 150 €) pour seulement 30 € de prime en plus par an. En trois ans, vous avez amorti l’écart de franchise avec un seul gros sinistre. C’est typiquement le genre de calcul que vous devez faire avant de souscrire, au lieu de vous focaliser uniquement sur la prime.
4. Accident auto responsable : écarts de centaines d’euros selon la franchise
Vous êtes responsable d’un accident de la circulation. Votre véhicule est fortement abîmé, l’expert chiffre les réparations à 3 500 €. Vous êtes assuré tous risques, mais votre contrat prévoit une franchise de 500 € en cas de sinistre responsable.
- Montant des dommages : 3 500 €
- Franchise : 500 €
- Remboursement effectif : 3 000 €
Les 500 € restants sont pour vous. Maintenant, imaginez un autre contrat, légèrement plus cher, avec une franchise de 150 € seulement pour les sinistres responsables :
- Franchise : 150 €
- Remboursement effectif : 3 350 €
Sur ce sinistre, l’écart d’indemnisation est de 350 €. Or, beaucoup d’automobilistes acceptent une franchise élevée pour économiser 40 ou 50 € par an de prime, sans mesurer l’impact potentiel en cas d’accident sérieux.
Point important : certaines compagnies appliquent une franchise différente selon que vous êtes responsable ou non, ou lorsque le conducteur n’est pas désigné au contrat (prêt de volant, jeune conducteur, etc.). Ne vous contentez pas d’un chiffre : vérifiez pour chaque type de sinistre la franchise applicable.
5. Mutuelle santé : la franchise “invisible” sur certains soins courants
Dans le domaine de la santé, la notion de « franchise » prend parfois une forme un peu différente, via des plafonds, des restes à charge, ou des forfaits par acte. Prenons un exemple simple : vous avez une mutuelle qui affiche un bon niveau de remboursement sur l’optique, mais avec une franchise ou un plafonnement serré.
Cas concret :
- Prix de la paire de lunettes : 420 €
- Remboursement Sécurité sociale + mutuelle : 350 €
- Franchise ou reste à charge contractuel : 70 €
Résultat : vous devez régler 70 € de votre poche. Sur une dépense importante, ce n’est pas négligeable. Le pire, c’est quand cette franchise s’applique sur plusieurs postes à la fois : dentaire, optique, médecines douces. En fin d’année, votre reste à charge cumulé peut atteindre plusieurs centaines d’euros sans que vous ayez le sentiment d’être particulièrement “malade”.
La bonne approche consiste à :
- Analyser les postes de dépenses santé que vous utilisez le plus (lunettes, soins dentaires, kiné, médicaments non remboursés…)
- Comparer, pour ces postes spécifiques, le niveau réel de prise en charge et les éventuelles franchises ou plafonds cachés.
Une mutuelle moins chère avec plus de franchise peut vous convenir si vous consultez peu, mais c’est un mauvais calcul si vous avez des besoins réguliers et prévisibles.
6. Assurance professionnelle : une franchise qui menace la trésorerie de l’entreprise
Pour les indépendants et les PME, la franchise en assurance professionnelle (responsabilité civile, multirisque pro, perte d’exploitation) a un impact direct sur la trésorerie. Prenons un commerce de proximité assuré pour les dommages aux biens (incendie, vol, dégât des eaux) avec une franchise de 1 500 € par sinistre.
Un dégât des eaux survient dans le local :
- Marchandises détériorées : 4 000 €
- Aménagements intérieurs à refaire : 3 000 €
- Montant total des dommages : 7 000 €
- Franchise contrat : 1 500 €
- Remboursement effectif : 5 500 €
Pour une petite structure, trouver 1 500 € à court terme n’est pas anodin. Certaines entreprises acceptent des franchises élevées pour réduire une prime annuelle de quelques centaines d’euros, sans prendre en compte leur capacité réelle à absorber un tel choc financier.
Question à se poser en tant que professionnel : « Si un sinistre survient demain, est-ce que mon entreprise peut encaisser, sans mettre en danger sa trésorerie, la franchise prévue au contrat ? » Si la réponse est non, c’est que la franchise est mal calibrée, même si la prime paraît attractive.
7. Multiplication des sinistres : la double peine des franchises répétées
Dernier cas, souvent oublié : les franchises s’appliquent par sinistre, pas par année (sauf clause particulière). Si vous subissez plusieurs sinistres la même année, la facture peut vite grimper.
Imaginons un contrat habitation avec une franchise de 200 € :
- En février, un dégât des eaux dans la cuisine : dommages 1 000 €, franchise 200 €, remboursement 800 €.
- En septembre, un vol de vélo dans la cave : dommages 600 €, franchise 200 €, remboursement 400 €.
Sur l’année, vous avez subi 1 600 € de dommages et reçu 1 200 € d’indemnisation. Les 400 € restants viennent directement de votre poche, sous forme de franchises cumulées.
C’est encore plus sensible en assurance auto quand on cumule plusieurs petits sinistres responsables : rayures, petits chocs, bris de glace, etc. Même avec une bonne garantie, la répétition des franchises peut entamer sérieusement votre budget.
Comment ajuster la franchise pour optimiser votre couverture d’assurance
La franchise n’est pas un simple détail : c’est un levier de réglage entre ce que vous payez en cotisations et ce que vous payez en cas de sinistre. Bien utilisée, elle vous permet de maîtriser votre budget. Mal choisie, elle transforme votre contrat en coquille vide sur les sinistres les plus probables.
1. Accepter une franchise élevée quand le risque est rare et majeur
Il est logique d’accepter une franchise plus élevée sur des risques peu fréquents mais graves (incendie total d’habitation, destruction complète d’un véhicule, catastrophe naturelle). Payer une franchise de 1 000 € sur un sinistre à 50 000 € reste supportable, surtout si cela vous permet de réduire significativement la prime annuelle.
Dans cette logique, vous utilisez l’assurance pour couvrir l’exceptionnel, et vous assumez vous-même les petits tracas du quotidien.
2. Exiger une franchise basse sur les sinistres fréquents et coûteux
À l’inverse, sur les postes où vous savez que les sinistres sont :
- Fréquents (pare-brise, petits dégâts des eaux, lunettes, soins dentaires…)
- Réguliers (contrôles de santé, séances de kiné, petits dommages matériels)
Une franchise élevée est rarement une bonne idée. Il vaut souvent mieux :
- Payer une prime légèrement plus importante.
- Bénéficier d’une franchise faible, voire nulle, sur ces postes ciblés.
C’est typiquement ce qu’on peut négocier dans certains contrats modulables : vous augmentez la franchise sur les gros risques rares, et vous la diminuez sur les petits sinistres fréquents, pour équilibrer l’ensemble.
3. Comparer les contrats à franchise équivalente (et pas seulement les primes)
Comparer deux assurances uniquement sur leur prix annuel n’a pas de sens si les franchises ne sont pas alignées. Pour faire une comparaison honnête :
- Listez les principales garanties (auto, habitation, santé, pro).
- Notez, pour chacune, la franchise appliquée par type de sinistre.
- Simulez un ou deux scénarios réalistes (petit sinistre, gros sinistre).
Vous verrez parfois qu’un contrat légèrement plus cher à l’année est bien plus protecteur dès qu’un sinistre survient. C’est ce travail de simulation qui permet de choisir un contrat réellement adapté à votre profil de risque, et pas seulement à votre budget immédiat.
4. Anticiper votre capacité financière à payer la franchise
Enfin, la question centrale reste votre capacité à absorber le montant de la franchise en cas de coup dur. Si une franchise de 500 € en auto ou de 1 000 € en habitation mettrait en péril votre budget mensuel, ce niveau est inadapté, même s’il fait baisser la prime.
Une approche pragmatique consiste à :
- Définir un montant de franchise maximum supportable (par exemple 300 € ou 500 €).
- Négocier vos contrats pour rester sous ce seuil sur les sinistres les plus probables.
- Constituer, en parallèle, une petite réserve financière dédiée aux franchises et aux petits sinistres non remboursés.
C’est ce trio – niveau de franchise, montant de prime et épargne de précaution – qui vous permet d’avoir une couverture d’assurance cohérente, sans vous retrouver financièrement asphyxié au moindre incident.


