Rédiger une lettre de résiliation d’assurance auto ne se résume pas à écrire « je souhaite résilier ». Pour être recevable par l’assureur, et surtout pour vous protéger en cas de litige, votre courrier doit respecter un certain nombre de mentions obligatoires, ou à tout le moins fortement recommandées. Cette checklist juridique vous permet de vérifier, point par point, que votre lettre est complète, datée, argumentée et juridiquement solide.
1. Les informations d’identification indispensables
1.1. Vos coordonnées complètes d’assuré
Premier réflexe : l’assureur doit pouvoir vous identifier sans ambiguïté. Cela implique de faire figurer clairement en en-tête de la lettre :
- Vos nom et prénom
- Votre adresse postale complète
- Éventuellement votre adresse e-mail et votre numéro de téléphone
- Votre numéro de client (si l’assureur en attribue un)
Ces informations permettent à la compagnie d’assurance de rattacher immédiatement votre courrier à votre dossier. En cas de litige, l’absence de données d’identification peut retarder le traitement ou servir de prétexte pour contester la bonne réception d’une demande précise.
1.2. Les coordonnées exactes de l’assureur
Indiquez clairement à qui vous adressez la lettre :
- Nom de la compagnie d’assurance (dénomination exacte figurant sur le contrat)
- Adresse du siège social ou de l’agence / service de résiliation mentionné dans les conditions générales
- Éventuellement le service concerné : « Service Résiliation », « Service Contrats Auto », etc.
En pratique, il est conseillé de reprendre les coordonnées telles qu’elles apparaissent sur votre contrat ou sur vos avis d’échéance. Cela évite tout débat sur le « bon destinataire » en cas de lettre arrivée au mauvais service.
1.3. La date et le lieu de rédaction
La date de rédaction du courrier est une mention simple mais stratégique. Elle permet de :
- Prouver que vous respectez un délai de préavis (souvent 1 à 2 mois avant l’échéance annuelle hors loi Hamon)
- Matérialiser le point de départ de certains délais légaux ou contractuels
Inscrivez de manière classique : « Fait à [Ville], le [Date] » en haut ou en bas de la lettre. En parallèle, pensez à envoyer le courrier en recommandé avec accusé de réception pour disposer d’une preuve de la date d’envoi et de réception.
2. Les références précises de votre contrat auto
2.1. Le numéro de contrat et, le cas échéant, le numéro de police
Votre assureur peut gérer des dizaines de milliers de contrats auto. Pour éviter tout flou, votre lettre doit mentionner de façon précise :
- Le numéro de contrat d’assurance auto (indiqué sur vos attestations, carte verte, avis d’échéance, etc.)
- Le numéro de police d’assurance si celui-ci est distinct
- Le type de contrat (auto, tous risques, tiers, flotte professionnelle, etc.)
Formule simple à intégrer : « Je vous informe par la présente de ma volonté de résilier le contrat d’assurance auto n° [numéro], souscrit auprès de votre compagnie, relatif au véhicule [modèle / immatriculation]. »
2.2. Le véhicule concerné (immat, marque, modèle)
Pour une assurance auto, il est judicieux de préciser les caractéristiques principales du véhicule :
- Numéro d’immatriculation
- Marque et modèle
- Éventuellement la date de première mise en circulation
En cas de multi-contrats (plusieurs véhicules assurés auprès du même assureur), cela permet d’éviter toute confusion sur le véhicule pour lequel vous souhaitez mettre fin à la garantie.
2.3. La date d’échéance ou la date d’effet souhaitée de la résiliation
Selon le motif de résiliation (échéance annuelle, loi Hamon, vente du véhicule, changement de situation, etc.), la date de prise d’effet de la résiliation varie. Il est donc essentiel de spécifier :
- La date d’échéance annuelle de votre contrat si vous résiliez à cette occasion
- Ou la date souhaitée de résiliation, en rappelant le fondement légal ou contractuel
Par exemple : « Je souhaite que la résiliation prenne effet au [date], conformément aux dispositions de l’article L113-15-1 du Code des assurances. »
3. Le motif de résiliation : les formulations juridiques à connaître
3.1. Résiliation à l’échéance annuelle (article L113-12 du Code des assurances)
Avant la loi Chatel et la loi Hamon, l’échéance annuelle était souvent le seul moment pour résilier. Elle reste un motif classique, notamment pour certains contrats professionnels. Votre lettre doit comporter :
- La mention de votre volonté de ne pas reconduire le contrat à la prochaine échéance
- Le rappel du délai de préavis prévu au contrat (en général 1 ou 2 mois)
- La référence au cadre légal si vous le souhaitez (facultatif mais sécurisant)
Exemple de formulation : « Conformément à l’article L113-12 du Code des assurances et aux conditions générales de mon contrat, je vous informe de ma décision de ne pas reconduire celui-ci à son échéance annuelle du [date]. »
3.2. Résiliation à tout moment après un an (loi Hamon – article L113-15-2)
Pour les particuliers, la loi Hamon permet de résilier à tout moment après un an de contrat, sans pénalité. Dans ce cas, il est pertinent de :
- Préciser que le contrat a plus d’un an
- Invoquer la loi Hamon (article L113-15-2 du Code des assurances)
- Indiquer la date souhaitée de résiliation (en tenant compte du préavis d’un mois après réception par l’assureur)
Exemple : « Mon contrat ayant plus d’un an, j’exerce mon droit de résiliation à tout moment, en application de l’article L113-15-2 du Code des assurances (loi Hamon). Je vous demande de mettre fin aux garanties un mois après la réception de la présente. »
3.3. Résiliation suite à la vente, au don ou à la destruction du véhicule
La vente, le don ou la destruction de votre voiture justifie une résiliation anticipée. Dans ce cas :
- Mentionnez clairement la date de cession ou de destruction du véhicule
- Précisez la nature de l’événement : vente, cession, mise à la casse, vol confirmé, etc.
- Indiquez que vous joignez (ou joindrez) le justificatif : certificat de cession, certificat de destruction, dépôt de plainte pour vol
Formule possible : « À la suite de la vente de mon véhicule immatriculé [immat] en date du [date], je vous demande la résiliation de mon contrat, conformément aux dispositions des articles L121-11 et suivants du Code des assurances. Vous trouverez ci-joint le certificat de cession. »
3.4. Résiliation pour changement de situation (déménagement, mariage, retraite…)
Certaines modifications de votre situation personnelle peuvent justifier une résiliation anticipée, lorsque ces changements modifient le risque assuré :
- Déménagement important
- Changement de régime matrimonial
- Changement de profession ou retraite
- Perte ou diminution de garanties liées à la modification du risque
Votre lettre doit alors :
- Décrire le changement de situation
- Indiquer la date à laquelle ce changement est intervenu
- Préciser que ce changement a une incidence sur le risque assuré
Exemple : « Faisant suite à mon déménagement de [ancienne adresse] à [nouvelle adresse] en date du [date], ce changement ayant une incidence sur les conditions de stationnement et donc sur le risque assuré, je sollicite la résiliation de mon contrat, conformément à l’article L113-16 du Code des assurances. »
3.5. Résiliation pour augmentation de tarif ou modification unilatérale du contrat
Certains contrats prévoient la possibilité de résilier en cas de hausse de prime ou de modification des conditions sans votre accord exprès. Dans ce cas :
- Rappelez la date à laquelle vous avez été informé de la modification (courrier, e-mail, avis d’échéance)
- Indiquez clairement que vous refusez cette augmentation ou modification
- Citez l’article des conditions générales qui autorise la résiliation dans cette hypothèse, si vous l’avez identifié
Formulation indicative : « Ayant été informé le [date] d’une augmentation de la prime annuelle de mon contrat auto, et cette hausse n’étant pas prévue dans les conditions de variation acceptées, je fais usage de ma faculté de résiliation telle que prévue à l’article [X] de vos conditions générales. »
4. Les mentions protectrices pour vos droits et vos finances
4.1. La demande explicite de résiliation et de cessation des prélèvements
La phrase centrale de votre courrier doit être sans ambiguïté. Évitez les formulations vagues du type « je souhaite des informations sur la résiliation ». Préférez une demande claire :
- « Je vous demande de procéder à la résiliation de mon contrat d’assurance auto n° [numéro]. »
- « Je vous demande également de cesser tout prélèvement automatique lié à ce contrat à compter de la date de résiliation effective. »
Cette double mention (résiliation + arrêt des prélèvements) limite les risques de paiements indus après la fin des garanties.
4.2. La demande d’attestation de résiliation
En cas de changement d’assureur, le nouvel assureur vous demandera souvent une attestation de résiliation ou, à tout le moins, la date exacte de fin de garanties. Il est donc prudent d’intégrer :
- « Je vous remercie de bien vouloir m’adresser une attestation de résiliation mentionnant la date de fin de garanties. »
En cas de litige ultérieur sur la date effective de résiliation, cette attestation constituera une preuve importante.
4.3. Le rappel de votre droit au remboursement des primes trop perçues
Lorsque vous résiliez avant l’échéance annuelle, vous avez droit au remboursement de la portion de prime correspondant à la période postérieure à la résiliation (sauf hypothèses très particulières prévues au contrat). Pour sécuriser ce point, ajoutez une phrase explicite :
- « Je vous demande également de me rembourser la partie de cotisation correspondant à la période postérieure à la date de résiliation, conformément à l’article L113-4 du Code des assurances. »
Cette mention met l’assureur face à son obligation de restitution et montre que vous connaissez vos droits.
4.4. La mention de la loi ou de l’article applicable (facultatif mais efficace)
Vous n’êtes pas obligé de citer le Code des assurances pour que votre résiliation soit valable. Néanmoins, indiquer le texte sur lequel vous vous fondez a un effet dissuasif en cas de résistance de l’assureur. Les principales références sont :
- Article L113-12 : résiliation à l’échéance
- Article L113-15-1 : loi Chatel (information de la possibilité de résilier)
- Article L113-15-2 : loi Hamon (résiliation à tout moment après un an)
- Article L113-16 : changement de situation
- Article L121-11 et suivants : disparition du risque (vente, destruction du véhicule)
Adaptez la référence à votre situation réelle, inutile de réciter tout le Code.
5. Les pièces jointes et les bonnes pratiques formelles
5.1. Les justificatifs à annexer selon le motif
Certains motifs nécessitent des preuves pour que l’assureur soit tenu d’accepter la résiliation. Vérifiez que vous joignez les bons documents :
- Vente ou don du véhicule : copie du certificat de cession (Cerfa) signé des deux parties
- Destruction : certificat de destruction délivré par le centre VHU
- Vol : copie du dépôt de plainte ou attestation officielle
- Déménagement / changement de situation : justificatif de domicile, attestation employeur, document de retraite, etc.
- Augmentation de prime : copie de l’avis d’échéance ou du courrier annonçant la hausse
Dans la lettre, mentionnez explicitement : « Vous trouverez ci-joint [liste des pièces] justifiant [événement]. » Cela verrouille la preuve de la communication de ces éléments.
5.2. L’envoi en recommandé avec accusé de réception
D’un point de vue juridique, le mode d’envoi est presque aussi important que le contenu. L’immense majorité des contrats exige un envoi :
- Par lettre recommandée avec accusé de réception (LRAR)
Cet envoi permet de :
- Fixer la date de réception de la demande de résiliation (et donc le point de départ du délai de préavis)
- Prouver, en cas de contestation, que l’assureur a bien reçu votre courrier
Conservez précieusement :
- Le reçu du dépôt de la lettre recommandée
- La copie de votre courrier signé
- L’accusé de réception (ou la preuve de distribution numérique si vous utilisez un recommandé électronique)
5.3. La signature manuscrite (et identité du signataire)
Votre lettre doit être signée. Deux cas de figure :
- Contrat à votre nom : signez de votre main et, idéalement, indiquez vos nom et prénom en dessous de la signature.
- Contrat à plusieurs souscripteurs : vérifiez dans le contrat si la signature d’un seul titulaire suffit ou si la signature conjointe est requise (notamment pour certains contrats professionnels ou de flotte).
En cas de mandat (gestion par un courtier, un cabinet de gestion ou un tiers mandaté), mentionnez clairement le mandat et, si possible, joignez sa copie.
5.4. La vérification des conditions générales avant envoi
Avant d’expédier votre lettre, prenez le temps de relire :
- Les conditions générales de votre contrat
- Les éventuelles conditions particulières
Points à vérifier :
- Le délai de préavis demandé pour chaque motif de résiliation
- L’adresse exacte à laquelle envoyer la résiliation
- Les clauses spécifiques applicables aux professionnels ou aux flottes de véhicules
Cette relecture vous évitera des erreurs fréquentes, comme une lettre envoyée trop tard ou à la mauvaise adresse.
5.5. S’inspirer de modèles fiables pour sécuriser votre démarche
Pour ne rien oublier et utiliser les bons termes juridiques, il peut être utile de partir d’un modèle de courrier éprouvé, puis de l’adapter à votre situation (motif, dates, références du contrat). Si vous souhaitez aller plus loin, vous pouvez consulter notre dossier complet dédié à la rédaction et à l’optimisation de votre lettre de résiliation d’assurance, qui propose des exemples concrets et des modèles personnalisables.
5.6. Anticiper le basculement vers un nouveau contrat
Enfin, n’oubliez pas que la résiliation ne doit jamais vous laisser sans assurance pour un véhicule qui circule. Deux points de vigilance :
- Voiture toujours en circulation : assurez-vous que votre nouveau contrat auto prend le relais à la date exacte de résiliation de l’ancien.
- Changement d’assureur via la loi Hamon : dans la plupart des cas, c’est votre nouvel assureur qui se charge des démarches de résiliation pour garantir la continuité de la couverture.
Dans tous les cas, conservez bien vos documents : anciens et nouveaux contrats, attestations, preuves d’envoi, afin de pouvoir démontrer, à tout moment, la réalité de votre couverture d’assurance auto et la régularité de votre résiliation.

