Comprendre ce qu’est une franchise en assurance est indispensable pour éviter les mauvaises surprises au moment d’un sinistre. Trop d’assurés signent un contrat en se concentrant uniquement sur la prime annuelle ou mensuelle, sans regarder en détail ce qu’ils auront réellement à payer le jour où il faudra utiliser leur assurance. C’est précisément là que la notion de franchise entre en jeu.
Définition simple et précise de la franchise en assurance
Qu’est-ce qu’une franchise en assurance, concrètement ?
La franchise en assurance est la somme qui reste à la charge de l’assuré après un sinistre, même si celui-ci est correctement garanti par le contrat. En d’autres termes, c’est la partie des dommages que l’assureur ne remboursera pas.
Exemple simple :
- Vous avez un accident de voiture.
- Les dégâts sont évalués à 2 000 €.
- Votre contrat prévoit une franchise de 300 €.
- L’assureur rembourse 1 700 € et vous payez 300 € de votre poche.
La franchise est donc un partage du risque entre vous et l’assureur. Plus la franchise est élevée, plus vous prenez de risque financier à chaque sinistre… mais plus la prime d’assurance est souvent basse. À l’inverse, une franchise faible ou inexistante entraîne généralement une prime plus élevée.
Pourquoi les assureurs utilisent-ils des franchises ?
La franchise répond à trois logiques principales :
- Limiter les petits sinistres : si chaque rayure mineure sur une voiture était déclarée, les coûts de gestion exploseraient. La franchise décourage la déclaration de broutilles.
- Responsabiliser l’assuré : en sachant qu’il paiera une partie des dégâts, l’assuré est incité à adopter un comportement plus prudent (conduite, entretien du logement, etc.).
- Rendre les primes plus compétitives : en transférant une partie du risque sur l’assuré, la compagnie peut proposer une prime plus basse.
Il ne s’agit donc pas d’un « piège » caché dans le contrat, mais d’un mécanisme économique central, qu’il faut maîtriser avant de signer. Notre dossier complet dédié au fonctionnement concret des franchises en assurance permet d’ailleurs d’aller plus loin dans cette logique de partage du risque.
Les principaux types de franchises en assurance
Franchise absolue (ou fixe)
La franchise absolue, qu’on appelle aussi franchise fixe, est la plus courante en assurance auto et habitation. Son principe est simple : un montant précis est indiqué au contrat, et l’assureur déduit systématiquement cette somme de l’indemnisation.
Exemple :
- Franchise au contrat : 250 €
- Montant du sinistre : 1 000 €
- Indemnisation : 1 000 € – 250 € = 750 € versés par l’assureur
Si le montant des dommages est inférieur ou égal à la franchise, vous ne recevez rien : l’assureur n’intervient pas. Tout est donc à votre charge.
Franchise relative (ou simple)
La franchise relative fonctionne différemment. Elle fixe un seuil de déclenchement de la garantie :
- Si le montant du sinistre est inférieur à la franchise, l’assureur ne paie rien.
- Si le montant du sinistre est supérieur à la franchise, l’assureur paie l’intégralité des dégâts (sans déduction).
Exemple avec franchise relative de 300 € :
- Sinistre de 250 € : aucune indemnisation, tout est à votre charge.
- Sinistre de 800 € : l’assureur paie 800 €, vous n’avez rien à payer.
On trouve ce fonctionnement parfois sur certains contrats d’assurance habitation ou professionnels, mais aussi dans des garanties annexes (brise de glace, dommages électriques, etc.). Il est essentiel de vérifier s’il s’agit d’une franchise absolue ou relative, car l’impact financier au moment du sinistre n’est pas du tout le même.
Franchise en pourcentage
Dans certains domaines, notamment en assurance professionnelle, en multirisque entreprise ou sur certaines garanties de catastrophes naturelles, la franchise peut être exprimée en pourcentage :
- Pourcentage de la valeur du bien assuré (par exemple 5 % de la valeur du stock).
- Pourcentage du montant du sinistre (par exemple 10 % des dommages).
Cette méthode peut générer des franchises très élevées sur les sinistres importants, ce qui peut fragiliser la trésorerie d’une entreprise si le contrat n’a pas été anticipé et négocié avec soin.
Franchise kilométrique et franchise temporelle
Dans certains types d’assurance, la franchise ne se mesure ni en euros, ni en pourcentage, mais en kilomètres ou en temps :
- Franchise kilométrique : très fréquente dans l’assistance automobile. Par exemple, le remorquage n’est pris en charge qu’à partir d’une panne située à plus de 50 km de votre domicile.
- Franchise temporelle : présente dans les garanties de perte d’exploitation, d’invalidité ou de prévoyance. Par exemple, l’indemnisation ne commence qu’après 30 jours d’arrêt, les 30 premiers jours restant à votre charge.
Ces franchises non financières ont un impact direct sur le niveau de couverture réel. Une assistance auto avec une franchise de 50 km est parfois beaucoup moins utile qu’un service qui intervient dès le premier kilomètre, notamment pour les personnes qui roulent surtout en milieu urbain.
Franchise par garantie et par sinistre
Les franchises ne s’appliquent pas forcément de manière uniforme à toutes les garanties de votre contrat. Il peut exister :
- Une franchise spécifique pour le bris de glace.
- Une autre pour le vol ou l’incendie.
- Une troisième pour les dommages tous accidents.
De plus, la franchise s’applique en général par sinistre et non par année. Autrement dit, si vous avez deux sinistres la même année, vous paierez deux fois la franchise. C’est un point à garder à l’esprit lorsqu’on hésite entre plusieurs niveaux de franchise pour faire baisser la prime.
Comment la franchise impacte réellement votre assurance
Franchise et montant de la prime : le vrai arbitrage
Dans la plupart des contrats, la franchise fonctionne comme un curseur : plus vous acceptez une franchise élevée, plus votre prime annuelle diminue. Mais cet arbitrage doit rester rationnel. Payer une prime 15 % moins chère pour une franchise multipliée par deux n’est pas toujours un bon calcul, surtout si vous avez statistiquement plus de risques de sinistre.
Trois questions simples à se poser :
- Quelle est ma fréquence de sinistres probable ? Un conducteur urbain qui roule peu et stationne en parking fermé peut accepter une franchise auto plus élevée qu’un commercial qui parcourt 40 000 km par an.
- Quelle est ma capacité financière à absorber un choc ? Si 500 € de franchise mettent votre budget en difficulté, c’est que la franchise choisie est trop élevée, même si la prime est plus basse.
- Sur quels risques puis-je assumer une part plus importante ? Certains préfèrent augmenter la franchise sur des risques rares (catastrophe naturelle, vol) plutôt que sur les dommages du quotidien.
Le piège de la franchise « attractive »
Les assureurs utilisent parfois une franchise présentée comme « à partir de » pour mettre en avant un tarif bas dans les publicités ou comparateurs. Le problème, c’est que cette franchise de base est souvent très élevée et qu’il faut payer un supplément pour la réduire.
Exemple typique :
- Formule économique : prime 300 €/an, franchise 600 €.
- Formule intermédiaire : prime 360 €/an, franchise 300 €.
Si vous avez un sinistre par an en moyenne, payer 60 € de plus sur la prime pour économiser 300 € à chaque sinistre est largement rentable. C’est typiquement le genre de calcul que trop d’assurés ne font pas, se contentant de comparer uniquement le montant de la prime.
Franchise et comportement de l’assuré
La franchise influence directement votre comportement face aux sinistres :
- Avec une franchise élevée, vous serez tenté de ne pas déclarer les petits sinistres, pour éviter d’augmenter votre malus ou de voir la prime grimper au renouvellement.
- Avec une franchise faible, vous aurez moins d’hésitations à déclarer, mais votre prime annuelle sera plus lourde.
Il faut donc trouver un équilibre cohérent avec vos habitudes de vie. L’idée n’est pas de déclarer systématiquement le moindre choc sur un pare-chocs, mais de ne pas vous retrouver à payer seul 1 000 ou 1 500 € de réparations alors qu’un contrat légèrement mieux calibré vous aurait coûté seulement quelques dizaines d’euros de plus par an.
Cas particuliers : absence ou rachat de franchise
Certains contrats mettent en avant « zéro franchise » ou la possibilité de « racheter la franchise ». Cela signifie soit :
- Que le contrat n’applique pas de franchise sur une ou plusieurs garanties spécifiques.
- Que vous payez un supplément de prime pour que l’assureur prenne en charge ce qui aurait dû rester à votre charge.
On retrouve ce mécanisme, par exemple :
- Dans la location de voiture (assurance CDW avec rachat partiel ou total de franchise).
- Dans certains packs haut de gamme d’assurance habitation ou auto.
Avant de payer pour supprimer une franchise, il est utile de calculer :
- Combien coûte cette option par an.
- Combien de sinistres vous avez réellement subis ces cinq dernières années.
- Et combien vous auriez économisé si la franchise avait été inexistante.
Ce calcul simple évite de payer une option de confort qui n’est pas forcément rentable, surtout si vous êtes un assuré peu sinistré.
Conseils pratiques pour bien choisir sa franchise en assurance
1. Lire les conditions particulières, pas seulement la plaquette commerciale
La franchise figure presque toujours dans les conditions particulières du contrat, parfois dans un tableau récapitulatif à la fin du document. C’est là que vous obtenez les informations essentielles :
- Montant exact de la franchise pour chaque type de garantie.
- Nature de la franchise : absolue, relative, en pourcentage, kilométrique, temporelle.
- Éventuelles exceptions (franchise doublée dans certains cas, franchise spécifique pour les jeunes conducteurs, etc.).
Ne jamais se contenter de la mention « franchise 240 € » sans vérifier à quoi elle s’applique précisément. Un même contrat peut prévoir :
- 0 € de franchise pour la responsabilité civile.
- 150 € pour le bris de glace.
- 300 € pour le vol.
- 400 € pour les dommages tous accidents.
2. Adapter la franchise à votre profil et à votre exposition au risque
Le bon niveau de franchise n’est pas le même pour tout le monde. Quelques repères pratiques :
- Conducteur peu roulant, véhicule ancien : une franchise plus élevée peut être acceptable si vous êtes prêt à renoncer à la prise en charge de certains petits dégâts cosmétiques.
- Conducteur intensif, véhicule récent ou de valeur : mieux vaut une franchise modérée, car la probabilité de sinistre est plus forte et le coût des réparations plus élevé.
- Propriétaire d’un logement isolé ou fréquemment inoccupé : vol, dégât des eaux, vandalisme… la probabilité de sinistre est plus forte. Une franchise trop élevée sur l’habitation devient vite pénalisante.
- Professionnel ou entreprise : les franchises importantes peuvent impacter directement la trésorerie. Il faut les calibrer en fonction de votre capacité à absorber un choc ponctuel.
3. Calculer le « point mort » entre prime et franchise
Pour trancher entre deux niveaux de franchise, la méthode la plus saine consiste à calculer ce que l’on peut appeler le « point mort » :
- Différence de prime annuelle entre deux niveaux de franchise.
- Différence de franchise payée par sinistre entre ces deux niveaux.
Exemple :
- Franchise 150 € : prime 420 €/an.
- Franchise 400 € : prime 360 €/an.
Vous économisez 60 € par an de prime, mais vous payez 250 € de plus à chaque sinistre (400 – 150). Le point mort est donc de :
- 250 € / 60 € ≈ 4,2 années.
Si vous avez un sinistre au moins tous les 4 ans, la franchise basse est en réalité plus rentable sur le long terme, malgré la prime plus élevée.
4. Surveiller les franchises cachées ou modulées
Certaines franchises sont « modulées » selon le contexte du sinistre :
- Franchise doublée si le sinistre survient la nuit dans un lieu non sécurisé.
- Franchise majorée si le conducteur n’est pas celui déclaré au contrat.
- Franchise réduite ou nulle si le sinistre est non responsable et que le tiers est identifié.
Ces subtilités sont détaillées dans les conditions générales. Elles peuvent fortement modifier ce que vous paierez réellement le jour J. Un contrat qui semble attractif au premier coup d’œil peut se révéler moins intéressant une fois ces clauses examinées.
5. Utiliser intelligemment les comparateurs et les guides spécialisés
Comparer uniquement la prime est une erreur fréquente. Pour tirer pleinement parti des comparateurs, il faut :
- Regarder systématiquement les niveaux de franchise proposés.
- Vérifier si la franchise est la même pour tous les types de sinistres.
- Identifier les options permettant de réduire ou de supprimer certaines franchises (bris de glace, vol, etc.).
Des ressources spécialisées comme AssurancesComparatif.fr analysent précisément ces points et ne se contentent pas de reproduire les tarifs. En consultant, par exemple, notre article spécialisé qui détaille la mécanique des franchises et leur impact réel sur votre budget, vous pouvez affiner vos critères avant même de remplir un formulaire de comparaison.
6. Anticiper les litiges liés à la franchise
La franchise est l’un des sujets de conflit les plus fréquents entre assurés et assureurs, souvent parce qu’elle est mal comprise à la signature. Pour éviter les litiges :
- Conservez une copie lisible de vos conditions générales et particulières.
- Notez noir sur blanc le montant des franchises principales (auto, habitation, santé) et mettez-les à jour en cas de modification du contrat.
- En cas de sinistre, demandez à l’assureur le détail du calcul de l’indemnisation et de la franchise appliquée.
Si vous estimez que la franchise n’a pas été appliquée conformément au contrat ou que la nature de la franchise (absolue/relative) n’était pas clairement mentionnée, vous pouvez :
- Formuler une réclamation écrite argumentée auprès du service client.
- Saisir ensuite le service réclamation ou le médiateur de l’assurance en cas de réponse jugée insuffisante.
Maîtriser précisément le concept de franchise, son fonctionnement et ses variantes vous permet d’anticiper ces situations plutôt que de les subir, et de choisir des contrats réellement adaptés à votre profil, plutôt que seulement « attractifs » sur le papier.

