Les parents souscrivent souvent une assurance scolaire et extrascolaire sans toujours savoir précisément dans quelles situations leur enfant est réellement couvert. Entre la responsabilité civile, la garantie individuelle accident, les activités obligatoires ou facultatives, les sorties scolaires et les loisirs privés, il est parfois difficile de s’y retrouver.
Cet article propose 7 scénarios concrets de la vie quotidienne pour comprendre, de manière pratique, quand et comment fonctionne l’assurance scolaire et extrascolaire. Les explications s’appuient sur les textes officiels (Code de l’éducation, Code des assurances, circulaires ministérielles) afin de vous permettre de vérifier vos garanties et de dialoguer efficacement avec votre assureur ou l’établissement scolaire.
Rappels essentiels sur l’assurance scolaire et extrascolaire
Avant d’entrer dans les scénarios, il est utile de rappeler quelques notions clés.
L’assurance scolaire couvre généralement l’enfant pendant :
- le temps scolaire : activités prévues à l’emploi du temps, dans l’enceinte de l’établissement ou à l’extérieur, lorsqu’elles sont organisées par l’école ;
- le trajet domicile–école, selon les conditions prévues au contrat (heure, itinéraire, mode de transport).
L’assurance extrascolaire étend cette couverture à tous les autres moments de la vie quotidienne de l’enfant : vacances, week-end, loisirs, activités sportives non organisées par l’école, etc.
Une assurance scolaire et extrascolaire contient en pratique deux grandes catégories de garanties :
- Responsabilité civile (RC) : indemnise les dommages causés par votre enfant à un tiers (un camarade, un enseignant, un voisin…). Fondement légal : articles 1240 et 1242 du Code civil, relatifs à la responsabilité du fait personnel et du fait d’autrui (parents responsables des dommages causés par leurs enfants mineurs).
- Individuelle accident (ou garantie accidents de la vie de l’enfant) : indemnise les dommages subis par votre enfant (invalidité, frais médicaux non pris en charge par la Sécurité sociale et la mutuelle, aménagement du domicile, etc.). Cette garantie est contractuelle et définie par les conditions générales du contrat (articles L.113-1 et suivants du Code des assurances sur les obligations des parties).
Le cadre réglementaire est précisé notamment par :
- Le Code de l’éducation, en particulier les articles L.551-1 et suivants relatifs à la responsabilité de l’État et aux conditions d’accueil des élèves.
- Les circulaires du ministère de l’Éducation nationale, dont la circulaire n°2014-088 du 9 juillet 2014 sur les activités périscolaires et la circulaire n°2011-117 du 3 août 2011 sur les sorties scolaires, qui rappellent le régime de l’assurance pour les activités obligatoires et facultatives.
À partir de ces bases, examinons maintenant 7 situations fréquentes pour savoir précisément quand votre enfant est couvert.
Scénario 1 : Votre enfant se blesse pendant un cours obligatoire en classe
Votre enfant, en classe de CM1, tombe de sa chaise pendant un cours de mathématiques et se fracture le poignet. La chute résulte d’un geste maladroit, sans faute d’un autre élève ou de l’enseignant.
Dans ce cas :
- L’activité est obligatoire, car elle figure à l’emploi du temps. Conformément aux principes rappelés dans les circulaires de l’Éducation nationale, l’assurance scolaire n’est pas légalement obligatoire pour les activités obligatoires, car l’élève est accueilli de plein droit.
- Si aucune faute d’un tiers n’est identifiée, la responsabilité civile de l’établissement ou d’un autre élève n’est pas engagée.
- Les frais médicaux seront remboursés en premier lieu par la Sécurité sociale et votre complémentaire santé (mutuelle). En l’absence d’assurance individuelle accident, les restes à charge (franchise, dépassements d’honoraires, transports, certains appareillages) resteront à votre charge.
Si vous avez souscrit une garantie individuelle accident dans le cadre de l’assurance scolaire ou extrascolaire, elle pourra prendre en charge :
- les frais médicaux et paramédicaux non remboursés par la Sécurité sociale et la mutuelle ;
- éventuellement une indemnisation forfaitaire en cas d’invalidité permanente (taux d’invalidité fixé par expertise).
Références : Code de l’éducation, article L.551-1 (prise en charge des dommages en cas de responsabilité de l’État) et circulaires sur les sorties et activités obligatoires rappelant l’absence d’obligation d’assurance pour ces activités.
Scénario 2 : Votre enfant casse les lunettes d’un camarade dans la cour de récréation
En jouant au ballon dans la cour, votre enfant heurte un camarade et fait tomber ses lunettes, qui se brisent.
Dans cette situation :
- Votre enfant a causé un montant de dommage à un tiers (les lunettes cassées).
- C’est votre garantie responsabilité civile qui indemnisera les lunettes du camarade, sous réserve des plafonds et franchises prévus au contrat.
Cette responsabilité civile peut être incluse :
- dans votre assurance multirisque habitation, qui couvre souvent toute la famille y compris les enfants, y compris dans le cadre scolaire ;
- ou dans une assurance scolaire et extrascolaire dédiée, proposée par une mutuelle, une banque ou un assureur spécialisé.
Points d’attention :
- Vérifiez si la RC de votre assurance habitation couvre bien les dommages causés à l’école par les enfants mineurs.
- La plupart des établissements exigent une attestation d’assurance scolaire pour les activités facultatives, ce qui permet de s’assurer que la responsabilité civile est bien couverte.
Références : Code civil, articles 1240 et 1242 sur la responsabilité du fait personnel et du fait des enfants mineurs ; Code des assurances, article L.113-1 sur l’obligation d’information contractuelle (conditions de garantie).
Scénario 3 : Sortie scolaire avec nuitée, organisée par l’école
Votre enfant participe à une classe verte de trois jours organisée par l’école. Le séjour inclut des activités sportives et culturelles. Pendant une randonnée, il se tord la cheville et doit consulter un médecin sur place.
Les sorties scolaires avec nuitée sont, en principe, des activités facultatives. Selon la circulaire n°2011-117 du 3 août 2011 relative aux sorties scolaires, la participation de l’élève présuppose dans la pratique :
- une assurance responsabilité civile pour les dommages causés par l’élève ;
- et souvent une individuelle accident recommandée voire exigée par l’établissement ou l’organisateur.
Dans notre exemple :
- Si votre enfant se blesse seul, sans faute d’un tiers, c’est l’individuelle accident de son assurance scolaire qui interviendra pour les frais non remboursés et, le cas échéant, l’indemnisation en cas de séquelles.
- Si l’accident résulte d’un défaut d’organisation ou de surveillance (par exemple une activité manifestement dangereuse, ou absence d’encadrement adapté), la responsabilité de l’établissement ou de la collectivité organisatrice pourrait être engagée. Dans ce cas, c’est l’assureur de l’établissement qui interviendra.
Références : Circulaire n°2011-117 du 3 août 2011 sur les sorties scolaires, précisant le cadre des sorties obligatoires et facultatives, et les obligations d’assurance associées.
Scénario 4 : Activité périscolaire (garderie, étude surveillée, TAP)
Après la classe, votre enfant reste à la garderie organisée par la commune dans les locaux de l’école. Pendant un jeu collectif, il blesse involontairement un autre enfant avec un jouet.
Les activités périscolaires (garderie, étude surveillée, temps d’activités périscolaires – TAP) relèvent parfois de la collectivité territoriale (mairie, communauté de communes) ou d’associations partenaires. La circulaire n°2014-088 du 9 juillet 2014 précise que :
- l’élève est accueilli dans un cadre hors temps scolaire ;
- l’assurance peut être exigée par l’organisateur, notamment pour la responsabilité civile.
Dans notre cas :
- Si votre enfant a causé une blessure, c’est votre responsabilité civile (assurance scolaire ou habitation) qui sera mise en jeu.
- Si l’autre enfant est blessé du fait d’un manquement de surveillance de la part de l’organisateur, la responsabilité de ce dernier pourra être engagée, et son assureur devra indemniser la victime.
Pour être serein, il est recommandé de :
- vérifier si votre assurance scolaire et extrascolaire couvre bien les activités périscolaires ;
- demander à la mairie ou à l’organisateur les conditions d’assurance mises en place pour ces temps d’accueil.
Références : Circulaire n°2014-088 du 9 juillet 2014 sur l’organisation des activités périscolaires ; Code de l’éducation, dispositions relatives aux collectivités territoriales et à l’organisation du temps scolaire.
Scénario 5 : Activité sportive en club, en dehors du cadre scolaire
Votre enfant est inscrit dans un club de football local. Pendant un entraînement du mercredi après-midi, il se luxe l’épaule lors d’un contact avec un autre joueur. Le club a lui-même une assurance, mais vous disposez aussi d’une assurance extrascolaire.
Les pratiques sportives encadrées par un club ou une association sont généralement couvertes par :
- l’assurance de la fédération ou du club, souvent obligatoire lors de la prise de licence ;
- éventuellement par l’assurance extrascolaire de votre enfant, si celle-ci inclut les sports pratiqués.
Points clés à vérifier :
- Certains sports à risque (sports de combat, sports aériens, ski, équitation, etc.) peuvent être exclus ou soumis à conditions dans les contrats d’assurance extrascolaire (cf. articles L.112-3 et L.113-1 du Code des assurances sur l’information précontractuelle et les exclusions).
- Les plafonds d’indemnisation, les délais de déclaration et les franchises varient selon les assureurs.
Dans l’exemple :
- Les premiers frais (médecin, urgences) seront pris en charge par la Sécurité sociale et la mutuelle.
- L’assurance du club interviendra selon les garanties souscrites lors de la licence, tandis que l’assurance extrascolaire pourra compléter, notamment pour les indemnités en cas d’invalidité ou certains frais non pris en charge.
Il est utile de comparer le niveau de garanties entre l’assurance du club et votre contrat extrascolaire pour éviter les doublons coûteux ou, au contraire, les lacunes.
Scénario 6 : Accidents de la vie courante pendant les vacances ou le week-end
En vacances chez ses grands-parents, votre enfant tombe de vélo dans un parc public et se fracture une dent. Aucun autre tiers n’est impliqué, et il s’agit clairement d’un accident de la vie courante, sans responsabilité d’autrui.
Dans ce cas, l’intérêt de l’assurance extrascolaire est majeur car :
- les soins dentaires (prothèse, couronne, implants futurs) peuvent être mal remboursés par la Sécurité sociale et encore partiellement par certaines mutuelles ;
- l’individuelle accident incluse dans l’assurance extrascolaire peut prévoir des indemnités spécifiques pour les dommages esthétiques, les frais dentaires ou les séquelles fonctionnelles.
Sans assurance extrascolaire :
- vous devrez assumer vous-même les restes à charge, parfois très élevés sur le long terme ;
- vous ne bénéficierez pas d’indemnités en cas d’invalidité permanente ou de préjudice esthétique, sauf si une autre garantie (type garantie accidents de la vie familiale) existe dans votre foyer.
Références : Les garanties individuelles accident relèvent du contrat d’assurance de dommages (Code des assurances, notamment articles L.121-1 et suivants). Elles sont entièrement régies par les conditions générales et particulières, avec obligation pour l’assureur d’indiquer clairement les exclusions (article L.112-4 du Code des assurances).
Scénario 7 : Trajet domicile–école : chute dans la rue ou accident de la circulation
Votre enfant se rend seul à l’école à pied. Sur le trottoir, il trébuche et se luxe la cheville. Autre variante : il est victime d’un accident de la circulation en traversant sur un passage piéton.
Le trajet domicile–école est une zone souvent couverte par les contrats d’assurance scolaire, mais les conditions sont variables :
- certains contrats couvrent le trajet direct entre le domicile (ou un lieu habituel de garde, comme les grands-parents) et l’établissement, à condition qu’il soit effectué sans détour ;
- d’autres limitent la couverture à certains horaires, ou excluent certains moyens de transport (par exemple, certains deux-roues motorisés).
Dans le cas de la simple chute sur le trottoir :
- la Sécurité sociale et la mutuelle prennent en charge les soins ;
- l’assurance scolaire ou extrascolaire peut intervenir via l’individuelle accident pour les restes à charge et les conséquences d’une éventuelle invalidité.
Dans le cas d’un accident de la circulation impliquant un véhicule :
- l’assurance responsabilité civile automobile du conducteur responsable doit indemniser la victime (votre enfant), selon le régime protecteur de la loi n°85-677 du 5 juillet 1985, dite loi Badinter, relative à l’indemnisation des victimes d’accidents de la circulation ;
- l’assurance scolaire ou extrascolaire peut compléter l’indemnisation, notamment pour les dommages non couverts ou les plafonds dépassés, en fonction des garanties.
Références : Loi n°85-677 du 5 juillet 1985 (loi Badinter), Code des assurances (articles L.211-1 et suivants sur l’assurance automobile), conditions générales des contrats scolaires sur la définition du « trajet couvert ».
Comment choisir efficacement une assurance scolaire et extrascolaire
Au regard de ces scénarios, quelques critères permettent de comparer les offres d’assurance scolaire et extrascolaire :
- Étendue de la couverture : uniquement scolaire, ou scolaire + extrascolaire 24h/24, y compris vacances et déplacements à l’étranger.
- Niveau de la garantie individuelle accident : plafonds d’indemnisation, prise en charge des frais dentaires, des frais esthétiques, de la rééducation, délais de carence, seuil d’invalidité.
- Sports et activités couverts : attention aux exclusions des sports à risques ou de certaines activités non encadrées.
- Couverture du trajet domicile–école : conditions d’itinéraire, d’horaires, modes de transport autorisés.
- Présence de doublons : responsabilité civile éventuellement déjà incluse dans votre multirisque habitation, assurances spécifiques souscrites auprès de clubs sportifs ou associations.
- Services d’assistance : aide ménagère, soutien scolaire à domicile, accompagnement psychologique en cas de traumatisme, rapatriement en cas d’accident à l’étranger, etc.
Les textes du Code des assurances (articles L.112-2 à L.112-4) imposent à l’assureur une information claire, précise et compréhensible sur l’étendue des garanties, les exclusions et les obligations de l’assuré. Il ne faut pas hésiter à demander les conditions générales avant de souscrire, et à interroger le conseiller sur les points qui vous semblent obscurs, notamment pour les scénarios concrets qui concernent votre enfant (trajets, sports, activités périscolaires).
En prenant le temps de confronter les garanties proposées aux situations réelles de la vie de votre enfant, vous optimisez la protection de celui-ci, tout en évitant les doublons et les mauvaises surprises au moment d’un sinistre.

