Choisir une assurance auto sans franchise semble, à première vue, être la solution idéale : en cas de sinistre, vous n’avez rien à débourser de votre poche. Mais sur le terrain, ce type de contrat n’est pas toujours le plus pertinent, ni le plus rentable. Il implique des cotisations plus élevées, parfois beaucoup plus élevées, et il peut être assorti de conditions précises que les assurés découvrent trop tard.
Objectif de cet article : vous aider à déterminer dans quels cas une assurance auto sans franchise est réellement intéressante pour vous, et dans quels cas elle est, au contraire, un luxe inutile ou un gouffre financier.
1. Rappel essentiel : comment fonctionne la franchise en assurance auto ?
1.1. La logique de base de la franchise
La franchise est le montant qui reste systématiquement à votre charge en cas de sinistre garanti. Autrement dit, c’est la part des dommages que l’assureur ne prend pas en charge. Elle peut être exprimée en :
- Montant fixe (ex. : 300 € par sinistre)
- Pourcentage du montant du sinistre (ex. : 10 % de la facture, avec ou sans minimum)
- Montant variable selon la nature du dommage (bris de glace, vol, collision, etc.)
Exemple simple : vous avez une franchise de 400 €. Après un accrochage responsable, le garage facture 2 000 € de réparation. L’assurance paiera 1 600 €, et vous 400 €. La franchise est là pour limiter les « petits » sinistres à répétition et responsabiliser l’assuré. En échange, la cotisation est en principe plus basse que si vous étiez couvert sans aucune franchise.
1.2. Assurance sans franchise : qu’est-ce que cela implique vraiment ?
Une assurance auto « sans franchise » signifie, en théorie, que vous n’avez rien à payer de votre poche sur les garanties concernées, dès lors que le sinistre est pris en charge par le contrat (et que vous respectez les conditions : déclarations, délais, exclusions, etc.).
Attention toutefois : cette absence de franchise peut être limitée à certains types de sinistres (dommages tous accidents, bris de glace, vol) ou à certains conducteurs (conducteur principal, conducteur secondaire déclaré, etc.). Il est courant de voir des contrats annoncés comme « sans franchise » dans la publicité, mais qui prévoient :
- Une franchise en cas de conduite par un jeune conducteur ou un conducteur non déclaré
- Une franchise spécifique pour les sinistres survenus à l’étranger
- Une franchise pour certains types de dommages (accessoires, objets transportés, etc.)
Avant de payer plus cher pour « zéro franchise », il est donc essentiel de lire les conditions générales et de vérifier précisément sur quelles garanties cette absence de franchise s’applique.
2. Dans quels cas l’assurance auto sans franchise devient vraiment intéressante ?
2.1. Vous avez une voiture récente, de valeur élevée ou financée à crédit/LOA
Si vous roulez dans un véhicule récent, coûteux ou financé par un crédit ou une LOA (Location avec Option d’Achat), les montants en jeu lors d’un sinistre sont souvent importants. Un simple accrochage peut rapidement dépasser 2 000 ou 3 000 € de réparations.
Dans ce contexte, payer une franchise de 500 ou 800 € à chaque sinistre peut vite devenir pénalisant, surtout si vous utilisez le véhicule tous les jours (trajets domicile-travail, déplacements professionnels, etc.).
L’assurance sans franchise peut alors être pertinente si :
- Votre véhicule a encore une valeur élevée (voiture neuve ou de moins de 3–5 ans)
- Vous l’utilisez fréquemment, dans des environnements à risque (parking publics serrés, centre-ville, embouteillages quotidiens)
- Vous ne souhaitez pas avoir de mauvaises surprises financières en cas de sinistre
Pour un véhicule à 25 000 € financé sur 4 ou 5 ans, absorber soi-même 2 ou 3 franchises successives peut mettre en difficulté un budget déjà serré par les mensualités de crédit. Dans ce cas, payer une cotisation un peu plus élevée pour éviter toute franchise peut s’envisager comme une forme de « lissage » du risque.
2.2. Vous êtes un gros rouleur ou conduisez dans des conditions à risque
Le risque de sinistre augmente mécaniquement avec le kilométrage annuel. Si vous faites 25 000 à 40 000 km par an, le nombre de situations à risque (bouchons, routes secondaires de nuit, conditions météo difficiles) est largement supérieur à celui d’un conducteur occasionnel.
C’est particulièrement vrai si :
- Vous conduisez beaucoup pour le travail (commerciaux, artisans, infirmiers libéraux, VRP, etc.)
- Vous roulez souvent de nuit ou par mauvais temps
- Vous utilisez des parkings publics fréquentés, avec de nombreux manœuvres et risques de petits chocs
Statistiquement, la probabilité de déclarer au moins un sinistre responsable ou partiellement responsable dans l’année est plus élevée. Dans ce cadre, les franchises peuvent s’accumuler et représenter un coût significatif sur 3 ou 5 ans.
Si vous vous reconnaissez dans ce profil et que votre antécédent de sinistres n’est pas « vierge », la suppression des franchises peut avoir un sens, à condition de bien comparer le surcoût annuel de cotisation et la fréquence probable des sinistres.
2.3. Vous êtes très averses au risque financier et au « coup dur »
Au-delà des calculs purement financiers, il y a une dimension psychologique : certaines personnes supportent difficilement l’idée de devoir sortir 500 € ou 700 € sans préavis en cas d’accident.
Si vous savez que ce type de dépense imprévue mettrait en péril votre budget mensuel, que vous n’avez pas d’épargne de précaution et que vous ne voulez pas vivre avec cette incertitude, l’assurance auto sans franchise peut servir d’amortisseur. Vous payez plus chaque mois, mais vous éliminez ce risque ponctuel.
Ce raisonnement est cohérent si :
- Votre marge de manœuvre budgétaire est faible
- Vous n’êtes pas prêt à assumer un « reste à charge » important, même une fois tous les 3 ou 4 ans
- Vous voyez la prime d’assurance plus élevée comme une forme d’épargne de précaution externalisée
2.4. Vous disposez déjà d’un bonus élevé et d’un bon dossier conducteur
Les gros écarts de cotisation entre une formule avec franchise et une formule sans franchise se réduisent parfois pour les conducteurs bénéficiant d’un bonus maximal (0,50) et d’un bon historique (peu ou pas de sinistres récents).
Cela ne veut pas dire que l’assurance sans franchise devient automatiquement intéressante, mais que le surcoût peut être moins élevé que pour un jeune conducteur ou un assuré avec malus. Dans ce cas, l’arbitrage se joue sur :
- Le montant de la franchise initiale (300, 400, 800 € ?)
- La différence de cotisation annuelle entre les deux formules
- La probabilité, même faible, que vous ayez un sinistre coûteux dans les prochaines années
Un conducteur très prudent peut choisir de rester avec franchise pour faire encore baisser ses cotisations. Mais un conducteur prudent qui roule beaucoup ou dans des conditions risquées peut trouver que la suppression des franchises est une « sécurisation » raisonnable.
3. Quand l’assurance auto sans franchise est une mauvaise idée (voire un mauvais calcul)
3.1. Vous avez une voiture ancienne ou faiblement cotée
C’est le cas typique où l’assurance sans franchise n’a pratiquement aucun sens. Pour une voiture de plus de 10 ans, avec une valeur vénale de 2 500 à 4 000 €, une formule tous risques sans franchise est souvent surdimensionnée, parfois même inutile.
Deux problèmes se posent :
- En cas de sinistre grave (gros choc, véhicule économiquement irréparable), l’indemnisation ne dépassera pas la valeur de marché du véhicule, donc un montant faible.
- Le surcoût annuel pour supprimer la franchise peut, en 3 ou 4 ans, dépasser la valeur du véhicule lui-même.
Dans ce scénario, il est souvent plus judicieux de :
- Passer à une formule « tiers étendu » (responsabilité civile + vol + incendie + bris de glace)
- Accepter une franchise raisonnable sur les garanties dommages
- Constituer une petite épargne dédiée pour faire face à une éventuelle réparation ou au remplacement du véhicule
3.2. Vous roulez peu et dans des conditions très maîtrisées
Si vous utilisez votre voiture seulement le week-end, pour des trajets courts et dans un environnement à faible risque (routes de campagne, stationnement en garage privé, aucun trajet domicile-travail en ville), la probabilité d’un sinistre responsable est plus faible.
Dans ce cas :
- Payer un surcoût important chaque année pour ne pas avoir de franchise risque de ne jamais « se rentabiliser ».
- Accepter une franchise de 300 ou 400 € est un compromis souvent plus raisonnable entre coût et protection.
Les assurés « petits rouleurs » ont plutôt intérêt à se concentrer sur des formules adaptées (forfait kilométrique, assurance au kilomètre, offres spécifiques pour retraités, etc.) que de supprimer les franchises à tout prix.
3.3. Le surcoût de prime est disproportionné par rapport au gain potentiel
C’est le point clé que beaucoup d’assurés négligent : avant de choisir « sans franchise », il faut chiffrer l’écart entre les deux offres.
Exemple réaliste (montants indicatifs) :
- Formule tous risques avec franchise de 500 € : 650 € / an
- Formule tous risques sans franchise : 950 € / an
Surcoût : 300 € par an, soit 900 € sur 3 ans.
Si vous n’avez pas de sinistre, vous payez 900 € pour rien. Si vous avez un seul sinistre en 3 ans, vous aurez économisé une franchise de 500 €, tout en ayant payé 900 € de plus. Financièrement, l’opération est perdante.
Pour que ce soit rentable, il faudrait :
- Soit avoir plusieurs sinistres sur la période (au moins deux)
- Soit que la réduction de franchise porte sur plusieurs postes (bris de glace, vol, dommages tous accidents) où vous êtes effectivement exposé
Le bon réflexe consiste donc à demander systématiquement un devis comparatif « avec » et « sans » franchise, puis à simuler différents scénarios de sinistres pour voir dans quels cas l’option sans franchise pourrait se justifier.
4. Comment comparer concrètement une assurance auto avec franchise et sans franchise ?
4.1. Identifier toutes les franchises de votre contrat actuel
Avant de changer de formule, commencez par faire l’inventaire précis des franchises déjà prévues dans votre contrat actuel. Cela inclut généralement :
- La franchise dommages tous accidents (collision, choc, sortie de route, etc.)
- La franchise bris de glace (remplacement ou réparation)
- La franchise vol, tentative de vol et incendie
- La franchise catastrophes naturelles (souvent réglementée)
- Les franchises spécifiques « jeune conducteur » ou « conducteur secondaire »
Ensuite, listez :
- Les montants exacts de chaque franchise (certaines peuvent être très élevées, par exemple sur le vol)
- Les cas où la franchise est doublée (conduite par un non-déclaré, prêt du véhicule en dehors des conditions prévues, etc.)
- Les garanties qui n’ont pas de franchise (souvent la responsabilité civile envers les tiers)
4.2. Simuler le coût global sur plusieurs années
Une comparaison sérieuse entre formule avec franchise et formule sans franchise doit se faire sur au moins 3 ans, car l’assurance est un risque probabiliste, pas un événement certain.
Procédez ainsi :
- Calculez la différence de prime annuelle entre la formule avec franchise et la formule sans franchise.
- Projetez cette différence sur 3 ans (ou 4 ans si vous gardez longtemps vos contrats).
- Imaginez différents scénarios réalistes :
- 0 sinistre sur 3 ans
- 1 sinistre responsable sur 3 ans
- 2 sinistres responsables ou partiellement responsables sur 3 ans
- 1 sinistre + 1 bris de glace important
Dans chacun de ces scénarios, comparez :
- Ce que vous auriez payé en primes + franchises avec la formule « avec franchise »
- Ce que vous auriez payé en primes avec la formule « sans franchise » (puisque vous n’auriez plus de franchise)
Vous verrez rapidement si l’option sans franchise ne devient rentable qu’en cas de cumul de sinistres, ou si elle pourrait s’approcher de l’équilibre même avec un seul sinistre.
4.3. Tenir compte des exclusions et limitations souvent cachées
Certains contrats affichés « sans franchise » cachent des subtilités :
- Franchise maintenue pour certains sinistres (vol d’accessoires, rayures esthétiques, vandalisme léger)
- Suppression de franchise uniquement si vous faites réparer dans un garage partenaire
- Retour partiel de franchise (par exemple, 300 € au lieu de 600 €) plutôt que suppression totale
Avant de signer, il est indispensable de lire attentivement les conditions générales et les conditions particulières. Si besoin, n’hésitez pas à demander des explications écrites à votre interlocuteur, pour ne pas découvrir après coup qu’un sinistre précis reste soumis à une franchise élevée.
Pour aller plus loin sur le mécanisme des franchises, leurs différents types et la façon dont elles impactent réellement votre indemnisation, vous pouvez consulter notre dossier complet consacré au fonctionnement des franchises en assurance. Cela vous donnera une base solide pour arbitrer entre une formule avec ou sans franchise.
5. Cas concrets : dans quelles situations l’option sans franchise est (ou n’est pas) pertinente ?
5.1. Cas n°1 : jeune conducteur avec véhicule neuf
Profil :
- 23 ans, permis depuis 2 ans
- Véhicule neuf de 20 000 €, acheté à crédit
- Usage quotidien : domicile-travail en zone urbaine + loisirs
Offres comparées :
- Tous risques avec franchise 700 € : 1 300 € / an
- Tous risques sans franchise : 1 750 € / an
Surcoût : 450 € par an, soit 1 350 € sur 3 ans.
Analyse :
- Le risque de sinistre est statistiquement plus élevé (jeune conducteur, circulation urbaine).
- Une seule réparation après choc responsable peut dépasser largement 2 000 €.
- En cas de sinistre tous les 2 ans, la suppression de la franchise peut commencer à se justifier.
Mais le surcoût est important. Il peut être plus efficace d’opter pour une franchise réduite (300–400 €) plutôt qu’une suppression totale, afin de trouver un meilleur équilibre entre coût et protection.
5.2. Cas n°2 : conducteur expérimenté, gros rouleur, véhicule récent
Profil :
- 45 ans, bonus 0,50
- Véhicule de 30 000 €, utilisé pour 30 000 km/an (travail + déplacements perso)
- Historique : un sinistre responsable sur les 5 dernières années
Offres comparées :
- Tous risques avec franchise 500 € : 820 € / an
- Tous risques sans franchise : 1 020 € / an
Surcoût : 200 € par an, soit 600 € sur 3 ans.
Analyse :
- Le surcoût est relativement modéré au regard de la valeur du véhicule et du kilométrage.
- La probabilité d’un sinistre (même mineur) sur 3 ans est assez élevée compte tenu des kilomètres parcourus.
- Un seul sinistre dans la période rend presque neutre le choix entre les deux formules (500 € de franchise évitée pour 600 € de surcoût).
Dans ce cas, le choix sans franchise peut se défendre, surtout pour un assuré qui privilégie la tranquillité d’esprit et l’absence de mauvaise surprise financière.
5.3. Cas n°3 : petit rouleur avec véhicule ancien
Profil :
- 60 ans, bonus 0,50
- Véhicule de 12 ans, valeur 3 500 €
- Usage : 6 000 km/an, principalement loisirs, stationnement en garage
Offres comparées :
- Tiers étendu avec franchise 400 € sur vol et bris de glace : 320 € / an
- Tous risques sans franchise : 620 € / an
Surcoût : 300 € par an, soit 900 € sur 3 ans, pour une voiture qui ne vaut guère plus de 3 500 €.
Analyse :
- Le véhicule est ancien, l’indemnité maximale en cas de destruction sera faible.
- Le risque est limité (petit rouleur, stationnement protégé).
- Le surcoût d’assurance pourrait représenter 25 % de la valeur du véhicule en 3 ans.
Dans ce cas, rester sur une formule avec franchise – voire réduire encore les garanties facultatives – est beaucoup plus rationnel que de passer sans franchise. Mieux vaut affecter la différence de prime à une épargne dédiée pour un futur changement de véhicule.
5.4. Cas n°4 : professionnel utilisant son véhicule comme outil de travail
Profil :
- Artisan plombier, 35 000 km/an
- Véhicule utilitaire récent, valeur 22 000 € + outillage embarqué
- Stationnement partagé entre dépôt professionnel et chantiers
Offres comparées :
- Tous risques pro avec franchise 800 € : 1 150 € / an
- Tous risques pro sans franchise : 1 500 € / an
Surcoût : 350 € par an, soit 1 050 € sur 3 ans.
Analyse :
- Le véhicule est indispensable à l’activité : tout immobilisation a un coût indirect (perte de chiffre d’affaires).
- Le risque est élevé (chantier, ville, stationnements multiples).
- Payer 800 € de franchise à chaque choc ou vol d’outillage peut être très pénalisant pour la trésorerie.
Pour un professionnel, le raisonnement n’est pas seulement financier : supprimer la franchise peut être une manière de sécuriser le fonctionnement de l’entreprise. Dans ce type de profil, une formule sans franchise ou avec franchises très réduites est souvent justifiable, à condition que les primes restent proportionnées au chiffre d’affaires et aux marges de l’activité.

