Franchise, malus, responsabilité, prise en charge des réparations… Après un accident de voiture, les termes se bousculent et les explications de l’assureur ne sont pas toujours limpides. Pourtant, quelques paramètres simples permettent de comprendre rapidement si votre franchise sera appliquée ou non. Pour vous y retrouver, je vous propose 6 scénarios concrets, inspirés de situations réelles, pour décrypter l’impact d’un accident responsable ou non responsable sur votre franchise auto.
1. Rappel express : responsabilité, garantie et franchise, comment ça s’articule ?
Responsable, non responsable, partiellement responsable : ce que cela signifie vraiment
Dans un sinistre auto, la notion de responsabilité n’est pas qu’une étiquette morale : elle conditionne la prise en charge de vos dommages matériels et corporels, et l’application éventuelle d’une franchise.
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Accident 100 % responsable : vous êtes considéré comme entièrement à l’origine du sinistre (choc par l’arrière, non-respect d’un stop, perte de contrôle sans tiers identifié…). Les dommages causés aux autres sont indemnisés par la garantie « responsabilité civile » de votre contrat. Vos propres dommages matériels ne sont indemnisés que si vous avez une garantie « dommages » adéquate (tous risques, dommages collision, etc.), souvent avec franchise.
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Accident 0 % responsable (non responsable) : la responsabilité est entièrement portée par un tiers. C’est l’assureur du responsable qui indemnise vos dommages matériels (et corporels le cas échéant). Dans la plupart des cas, votre assureur renonce à appliquer la franchise, même si c’est lui qui avance l’indemnisation.
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Responsabilité partagée (50/50, 70/30…) : chacun porte une part de responsabilité. Cela peut entraîner une application partielle de la franchise ou une indemnisation partielle selon la garantie utilisée et les conventions entre assureurs.
Franchise d’assurance auto : ce que vous payez vraiment
La franchise est la part des dommages qui reste à votre charge après indemnisation par l’assureur. Elle peut être :
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Fixe : par exemple 350 €, quelle que soit l’ampleur des dégâts (dans la limite des conditions du contrat).
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Proportionnelle : un pourcentage du montant du sinistre, avec un minimum et/ou un maximum.
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Spécifique selon la garantie : vol, bris de glace, catastrophe naturelle, prêt de volant, etc. Chacune peut avoir son propre niveau de franchise.
Important : la franchise ne s’applique réellement que si l’assurance vous indemnise. Pas d’indemnisation, pas de franchise… mais potentiellement des réparations 100 % à votre charge.
2. Scénario 1 – Vous êtes 100 % responsable et assuré tous risques
Le cas typique : choc par l’arrière en ville
Vous circulez en ville, vous ne gardez pas vos distances et vous percutez le véhicule qui vous précède. Le constat et les règles du Code de la route ne laissent aucun doute : vous êtes 100 % responsable. Heureusement, vous avez un contrat auto tous risques.
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Dommages au véhicule adverse : indemnisés par votre assurance au titre de la responsabilité civile obligatoire. Aucune franchise pour les dommages du tiers, c’est votre assureur qui paie.
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Dommages à votre propre véhicule : pris en charge par la garantie « dommages tous accidents » (ou équivalent) de votre contrat. C’est ici que la franchise intervient.
Exemple chiffré :
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Montant des réparations de votre véhicule : 2 800 €.
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Franchise « dommages tous accidents » prévue au contrat : 400 €.
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Indemnisation de l’assureur : 2 800 € – 400 € = 2 400 €.
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Reste à votre charge : 400 € + le malus lié au sinistre responsable.
Points à surveiller dans votre contrat
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Montant de la franchise : certains assurés acceptent une franchise élevée pour réduire leur prime. C’est un calcul à faire à froid, pas après un sinistre.
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Franchise spécifique « conducteur principal / jeune conducteur » : certains contrats prévoient une franchise majorée si un conducteur novice était au volant, même en cas de garantie tous risques.
Dans ce premier scénario, la mécanique est simple : sinistre responsable + garantie dommages = franchise quasiment systématique.
3. Scénario 2 – Vous êtes 0 % responsable : la franchise est-elle toujours annulée ?
Cas classique : vous êtes percuté à un feu rouge
Vous êtes à l’arrêt à un feu rouge, un autre véhicule vous percute à l’arrière. Le constat est clair, les torts sont entièrement pour l’autre conducteur. Vous êtes assuré au tiers amélioré (responsabilité civile + quelques garanties optionnelles, mais pas de tous risques).
Deux situations se présentent :
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Le responsable est identifié et assuré : son assurance prend en charge vos dommages matériels. Votre assureur peut gérer le dossier pour vous puis se retourner contre l’assureur adverse (recours). Dans ce cas, la plupart des compagnies n’appliquent pas de franchise, car il y a un recours intégral possible.
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Le responsable est non assuré, non identifié ou en fuite : la situation devient plus complexe. Le Fonds de Garantie des Assurances Obligatoires (FGAO) peut intervenir sous conditions. Selon votre contrat, une franchise minimale peut s’appliquer, voire une absence de prise en charge de vos dommages matériels si vous n’avez pas de garantie dommages.
Cas fréquent : vous êtes tous risques mais non responsable
Vous êtes assuré tous risques, mais là encore, l’autre conducteur est 100 % responsable. En pratique, c’est souvent votre assureur qui va indemniser rapidement vos dommages, puis se retourner contre l’assureur adverse.
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Au moment de l’indemnisation, votre assureur peut appliquer la franchise prévue au contrat.
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Après recours réussi auprès de l’assureur adverse, votre compagnie récupère les sommes versées et vous reverse la franchise prélevée.
En clair, en cas d’accident clairement non responsable, la franchise est en principe neutre financièrement pour vous, même si elle peut transiter temporairement par votre compte.
4. Scénario 3 – Responsabilité partagée : 50/50 ou 70/30, quel impact sur la franchise ?
Accrochage sur un rond-point : chacun a sa part de tort
Sur un rond-point, vous changez de file sans vérifier correctement votre angle mort, tandis que l’autre conducteur accélère imprudemment. Les assureurs, en se basant sur la convention IRSA et le constat amiable, décident que la responsabilité est partagée à 50/50.
Conséquences typiques :
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Votre assureur indemnise 50 % de vos dommages matériels à partir de votre garantie dommages (si vous êtes couvert).
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L’assureur adverse indemnise 50 % de vos dommages au titre de la responsabilité civile du tiers.
Pour la franchise, on rencontre deux pratiques (à vérifier dans votre contrat et auprès de votre assureur) :
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Application intégrale de la franchise : si la prise en charge passe principalement par votre garantie dommages, l’assureur considère que la franchise reste due en totalité, même en cas de responsabilité partagée.
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Application partielle de la franchise : certains assureurs appliquent la franchise au prorata de votre responsabilité (par exemple, 50 % de franchise si responsabilité à 50 %).
Exemple chiffré avec responsabilité à 50 %
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Montant des réparations de votre véhicule : 4 000 €.
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Responsabilité : 50 % pour vous, 50 % pour l’autre conducteur.
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Franchise dommages : 500 €.
Selon la politique de l’assureur :
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Option 1 – Franchise totale : votre assureur prend en charge 4 000 € – 500 € = 3 500 €. Puis il obtient 50 % du montant auprès de l’assureur adverse (2 000 €). Vous gardez à votre charge la franchise de 500 €.
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Option 2 – Franchise proratisée : votre responsabilité étant de 50 %, la franchise est réduite à 250 €. Remboursement final pour vous : 4 000 € – 250 € = 3 750 €.
Dans les faits, beaucoup d’assurés découvrent ces subtilités après coup. C’est précisément là que la lecture détaillée des conditions générales et des tableaux de garanties prend tout son sens.
5. Scénario 4 – Accident responsable sans garantie dommages : aucune franchise, mais tout à votre charge
Collision en tort avec une assurance « au tiers » simple
Vous avez choisi une formule « au tiers » pour réduire votre prime : responsabilité civile, défense recours, éventuellement assistance, mais pas de garantie dommages pour votre propre véhicule. Vous perdez le contrôle de votre voiture sur une route mouillée et terminez dans un rail de sécurité. Aucun tiers impliqué.
Situation juridique :
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Vous êtes 100 % responsable de vos propres dommages.
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Il n’y a aucun véhicule tiers impliqué contre lequel se retourner.
Résultat :
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Votre assurance ne vous indemnise pas pour les dégâts matériels de votre véhicule, faute de garantie dommages.
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Aucune franchise n’est appliquée… mais c’est bien parce qu’il n’y a pas d’indemnisation.
C’est un point souvent mal compris : la franchise n’est pas un « forfait » que l’on paie automatiquement en cas d’accident. Elle est la part non remboursée d’une indemnisation. Sans indemnisation, la notion de franchise devient purement théorique pour ce sinistre.
En revanche, si vous causez des dégâts à des tiers (autres véhicules, mobilier urbain, clôture, etc.), la responsabilité civile de votre contrat « au tiers » jouera pleinement, sans franchise pour vous sur ces dommages-là, mais votre malus augmentera.
6. Scénario 5 – Accident non responsable avec dommages corporels : la franchise ne joue pas toujours où vous l’attendez
Choc latéral, conducteur blessé : qui paie quoi ?
Vous circulez normalement quand un véhicule vous refuse la priorité et vous percute latéralement. Vous êtes blessé, votre voiture sérieusement endommagée. L’autre conducteur est clairement responsable.
Pour les dommages corporels, on distingue plusieurs niveaux :
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Vos frais médicaux et préjudices corporels : selon votre contrat, la garantie « conducteur » (ou garantie des accidents de la vie, ou l’assureur adverse) peut intervenir. Les indemnités versées pour vos blessures ne sont en général pas soumises à franchise dans le cadre de l’indemnisation corporelle, même si des seuils ou plafonds d’intervention existent.
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Les dommages matériels à votre véhicule : ils suivent la logique déjà vue. Si votre assureur avance les fonds au titre de votre garantie dommages, la franchise peut être appliquée, puis éventuellement restituée après recours contre l’assureur du responsable.
Rôle de votre mutuelle et de vos autres assurances
En parallèle de l’assurance auto :
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Votre assurance santé (régime obligatoire + mutuelle) intervient sur vos soins courants.
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Une éventuelle garantie des accidents de la vie (GAV) ou un contrat prévoyance peut verser des indemnités complémentaires.
Ces contrats ont parfois leurs propres systèmes de franchises ou de seuils d’intervention (franchise en jours d’incapacité, taux d’invalidité minimal, etc.), totalement distincts de la franchise auto. Il est donc essentiel de ne pas tout confondre sous le terme « franchise ».
7. Scénario 6 – Cas particuliers : vandalisme, stationnement, bris de glace et vol
Vandalisme sur véhicule en stationnement : responsable ou non responsable ?
Vous retrouvez votre voiture rayée ou avec un rétroviseur arraché sur un parking, sans tiers identifié. Juridiquement, il est impossible d’attribuer une responsabilité à une personne connue, mais vous n’êtes pas non plus « responsable » au sens classique du terme.
Que se passe-t-il pour la franchise ?
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Si votre contrat inclut une garantie « vandalisme » ou « dommages tous accidents », vos réparations peuvent être prises en charge.
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La franchise « vandalisme », souvent spécifique et parfois plus élevée, s’applique quasi systématiquement.
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Il n’y a pas de recours possible contre un assureur adverse identifié, la franchise restera à votre charge.
Bris de glace : une franchise parfois aménageable
Impact de gravier sur le pare-brise, vitre latérale brisée, lunette arrière fêlée : le bris de glace est l’un des sinistres les plus fréquents.
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La plupart des contrats prévoient une garantie bris de glace dédiée, avec une franchise fixe (par exemple 80 € ou 100 €) ou même sans franchise pour les simples réparations d’impact.
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Si le bris de glace résulte d’un accident clairement non responsable avec un tiers identifié, c’est parfois la convention entre assureurs qui déterminera si un recours est possible et si la franchise peut vous être restituée.
Certains assureurs proposent des options « bris de glace sans franchise » moyennant une légère hausse de prime. Pour un véhicule récent ou utilisé quotidiennement sur autoroute, cette option est souvent pertinente.
Vol ou tentative de vol : une franchise presque toujours présente
En cas de vol ou de tentative de vol, ou encore de dégradation lors d’un vol à la roulotte (vitres cassées, serrures forcées, tableau de bord arraché), la responsabilité d’un tiers existe, mais le plus souvent le responsable n’est pas identifié.
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Votre garantie vol ou « tous risques » entre en jeu.
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Une franchise spécifique « vol » est quasiment toujours prévue, parfois assez élevée (ex : 400 € – 800 €).
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En l’absence de tiers identifié et d’assureur adverse, il n’y a pas de recours intégral possible, donc la franchise reste à votre charge.
8. 5 réflexes pour limiter l’impact de la franchise lors d’un accident
1. Remplir le constat amiable avec rigueur
Le constat amiable reste la pièce maîtresse pour déterminer la responsabilité. Un constat mal rempli peut vous faire passer d’un statut « non responsable » à « partiellement responsable », avec à la clef :
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une franchise à payer ou non,
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un malus plus ou moins important,
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une indemnisation partielle de vos dommages.
Prenez le temps de :
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cocher les bonnes cases pour chaque véhicule,
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décrire précisément les circonstances,
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faire un croquis clair,
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ne rien signer si vous n’êtes pas d’accord avec la version de l’autre conducteur.
2. Vérifier les montants de franchise avant de signer un contrat
Lorsqu’un contrat d’assurance auto est proposé avec une prime « très compétitive », c’est souvent parce que :
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les franchises sont plus élevées,
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ou que certaines garanties importantes ont été écartées (pas de vandalisme, bris de glace limité, etc.).
Il est plus sain de comparer plusieurs offres en regardant :
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la prime annuelle,
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les franchises par type de sinistre,
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les niveaux de garantie (dommages, vol, incendie, catastrophes naturelles, etc.).
Pour aider à cet exercice, il peut être utile de consulter notre dossier complet dédié à la franchise en cas d’accident responsable ou non, qui détaille comment ces paramètres influencent réellement le coût total de votre assurance sur plusieurs années.
3. Évaluer l’intérêt des options « rachat de franchise »
De plus en plus d’assureurs ou d’intermédiaires (notamment via la location de véhicules) proposent des options de rachat total ou partiel de franchise. Le principe :
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Vous payez une prime un peu plus élevée.
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En contrepartie, la franchise est réduite voire supprimée dans certaines situations (dommages tous accidents, vol, bris de glace…).
Ce type d’option peut être pertinent si :
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vous avez un véhicule de valeur,
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vous roulez beaucoup,
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vous stationnez souvent sur la voie publique dans une zone à risque.
Dans le cas contraire (petit véhicule ancien, faible kilométrage, stationnement sécurisé), une franchise plus élevée peut être un compromis acceptable pour alléger votre prime.
4. Ne pas négliger le prêt de volant et les conducteurs secondaires
Certains contrats appliquent une franchise majorée lorsque le conducteur au moment du sinistre :
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n’est pas le conducteur principal déclaré,
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est un jeune conducteur,
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ou n’a pas l’âge / l’ancienneté de permis prévus par le contrat.
Si vous prêtez régulièrement votre véhicule (conjoint, enfant, collègue), assurez-vous que :
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le prêt de volant est autorisé sans restriction excessive,
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les conducteurs secondaires sont bien déclarés,
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la éventuelle franchise supplémentaire en cas de sinistre reste supportable.
5. Déclarer systématiquement les sinistres avec tiers identifié
Certains conducteurs préfèrent « s’arranger à l’amiable » pour éviter d’impliquer les assurances, notamment pour de petits chocs. C’est parfois une fausse bonne idée :
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Vous risquez de payer vous-même des dégâts qui auraient pu être pris en charge sans franchise (accident clairement non responsable avec tiers assuré).
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En cas de désaccord ultérieur, vous n’aurez pas de constat ni de déclaration officielle pour faire valoir vos droits.
À l’inverse, il peut arriver que pour un sinistre très mineur, clairement responsable, avec des dégâts inférieurs à la franchise, il soit plus rationnel de ne pas déclarer pour éviter à la fois la franchise et surtout le malus. Ce choix doit se faire avec une vision chiffrée à moyen terme : coût de la franchise + surcoût de prime lié au malus vs coût des réparations à vos frais.

