Un matin, vous mettez le pied hors du lit… et au lieu du parquet, c’est une flaque tiède qui vous accueille. Le plafond suinte, la peinture cloque, votre humeur aussi. Le dégât des eaux, c’est cette marée grise qui s’invite sans prévenir dans votre quotidien. Et entre deux serpillières, une certitude tombe : il va falloir prévenir l’assurance… et remplir ce fameux formulaire.
À ce moment précis, le formulaire de dégât des eaux devient bien plus qu’un simple document administratif : c’est le sésame qui décidera de la rapidité – et de la qualité – de votre indemnisation. Mal rempli, il ralentit tout. Bien complété, il devient une rampe de lancement vers un remboursement efficace.
Voyons ensemble, pas à pas, comment le remplir pour mettre toutes les chances de votre côté.
Pourquoi le formulaire de dégât des eaux est-il si important ?
Le formulaire de dégât des eaux – souvent appelé « constat amiable de dégât des eaux » – est la pièce maîtresse de votre dossier. Il joue trois rôles essentiels :
- Informer votre assureur de l’événement (date, origine présumée, nature des dommages).
- Mettre tout le monde d’accord (vous, vos voisins, votre propriétaire, le syndic) sur les faits tels qu’ils se sont déroulés.
- Permettre à l’assureur de déterminer rapidement qui doit indemniser quoi, et dans quels délais.
Un formulaire rempli à la va-vite, avec des cases laissées vides, des infos contradictoires ou des mentions vagues (« fuite quelque part ») est une invitation aux retards, aux questions supplémentaires, et parfois aux blocages.
À l’inverse, un formulaire précis, cohérent et lisible permet souvent d’éviter l’expertise longue, les échanges répétitifs, et fait gagner des jours, voire des semaines sur l’indemnisation.
Avant de remplir le formulaire : les bons réflexes immédiats
Avant même de sortir le stylo, quelques gestes simples peuvent sauver l’essentiel… et rassurer votre assureur.
- Couper l’eau à la source de la fuite si possible (robinet d’arrêt, vanne, arrivée principale).
- Limiter l’ampleur du sinistre : serpillière, bassines, serviettes, déplacement des meubles fragiles.
- Prévenir les voisins si l’eau vient de chez vous… ou coule chez eux.
- Informer le syndic ou le propriétaire en cas de copropriété ou de location.
- Prendre des photos et vidéos : traces au plafond, murs gonflés, parquet déformé, meubles abîmés.
Ces preuves visuelles sont votre mémoire quand tout sera sec, repeint, ou réparé. Elles accompagnent idéalement le formulaire, surtout si les dégâts sont importants.
Qui doit remplir le formulaire de dégât des eaux ?
C’est une question plus épineuse qu’il n’y paraît, surtout en immeuble. En pratique, sont concernés :
- La personne qui subit le dégât (plafond, mur, sol abîmé).
- La personne d’où vient (ou semble venir) la fuite : voisin du dessus, appartement voisin, parties communes.
Lorsque le sinistre implique plusieurs parties (vous + votre voisin du dessus par exemple), on remplit un seul et même formulaire, signé par toutes les personnes concernées. C’est le reflet écrit d’un accord sur la réalité des faits.
Dans certains cas, vous remplirez le formulaire seul :
- Si la fuite vient d’une partie commune (toiture, colonne montante) et que le syndic refuse ou tarde à intervenir, vous pouvez indiquer ce que vous savez et noter que l’origine serait une partie commune.
- Si la cause est inconnue, vous le mentionnez clairement, sans inventer une hypothèse pour “faire plaisir”.
Rappelez-vous : le formulaire n’est pas un roman d’anticipation, c’est un cliché instantané des faits au moment où vous les constatez.
Bien remplir chaque partie du formulaire : étape par étape
Les formulaires peuvent légèrement varier, mais l’ossature reste la même. Regardons les sections clefs.
Les informations générales : date, heure, lieu
Des détails simples, mais cruciaux :
- Date du sinistre : mettez la date à laquelle vous avez constaté les dégâts, même si la fuite a commencé avant.
- Heure approximative : pas besoin d’être à la minute près, mais évitez les approximations grotesques (« dans la nuit de samedi à jeudi »).
- Adresse complète du logement sinistré : numéro, étage, porte, bâtiment. En copropriété, mentionnez le nom de la résidence.
L’assureur a besoin de savoir où intervenir, où envoyer éventuellement un expert, et à quelle temporalité rattacher le sinistre.
Les parties concernées : vous, le voisin, le propriétaire, le syndic
Cette partie identifie tous les acteurs du théâtre aquatique :
- Vos coordonnées complètes : nom, adresse, téléphone, email.
- Statut : propriétaire occupant, propriétaire bailleur, locataire.
- Coordonnées de l’autre partie (voisin, syndic, etc.) : très important pour les échanges entre assurances.
- Nom des assureurs de chaque partie + numéro de contrat si vous l’avez sous la main.
Soignez cette zone comme on soigne une adresse sur un colis fragile : une erreur, une info manquante, et le dossier se perd dans les couloirs administratifs.
Décrire l’origine du dégât : ni flou artistique, ni roman-fleuve
C’est souvent la partie qui donne des sueurs froides : « Origine présumée du sinistre ». L’important est d’être :
- Factuel : « Fuite du flexible de machine à laver dans l’appartement du dessus ».
- Prudent : si vous ne savez pas, dites-le. Exemple : « Origine inconnue, suspicion de fuite dans le mur entre salle de bain et cuisine ».
- Concise : deux lignes claires valent mieux qu’un paragraphe confus.
Évitez les formulations agressives ou accusatrices du type : « Mon voisin du dessus a encore inondé tout l’immeuble ». Préférez la neutralité : « Dégâts constatés au plafond, provenant manifestement de l’appartement du dessus ».
Décrire les dommages : ne rien oublier, sans exagérer
Vous n’êtes pas expert, mais vous êtes le premier témoin. Il faut donc décrire :
- Les pièces touchées : salon, chambre, cuisine, couloir, etc.
- Les surfaces atteintes : plafond, murs, sol, placards, portes.
- Les biens mobiliers endommagés : meubles, tapis, électroménager, livres, vêtements, etc.
Par exemple :
- « Taches d’humidité et peinture cloquée au plafond de la chambre et du salon. »
- « Parquet gondolé sur 3 m² près de la baie vitrée. »
- « Canapé tissu taché et imprégné d’humidité, tapis laine imbibé. »
Vous pourrez détailler plus tard via un inventaire chiffré avec factures à l’appui. Là, l’objectif est de dessiner le paysage des dégâts, pour que l’assureur mesure l’ampleur du sinistre.
Les travaux déjà effectués ou envisagés
La plupart des formulaires comportent une section sur les mesures prises :
- Avez-vous fait intervenir un plombier en urgence ?
- Avez-vous déjà effectué des réparations ?
- Avez-vous conservé les factures ? (Indice : vous devriez.)
Notez-le précisément : « Intervention plombier Dupont le 12/09 pour colmatage fuite, facture conservée ». L’assureur apprécie particulièrement les assurés qui agissent pour limiter le sinistre, plutôt que ceux qui regardent un plafond couler en attendant le déluge.
Signatures : l’encre qui scelle l’accord
Un formulaire non signé, c’est comme un chèque sans signature : il ne vaut presque rien.
- Toutes les parties présentes sur le formulaire doivent signer : vous, le voisin, éventuellement le représentant du syndic.
- Vérifiez que chacun a lu ce qui est écrit, surtout en cas de désaccord latent.
- Ne signez jamais un formulaire contenant des éléments que vous jugez faux ou approximatifs.
Si l’autre partie refuse de signer, vous pouvez le mentionner dans une lettre jointe à votre assureur, en expliquant la situation. Là encore, restez factuel.
Délais à respecter : le temps, cet autre liquide précieux
Les contrats d’assurance habitation prévoient généralement un délai de déclaration de sinistre de 5 jours ouvrés à compter du moment où vous en avez connaissance.
Concrètement :
- Prévenez votre assureur le plus tôt possible, même si le formulaire n’est pas encore signé par tout le monde.
- Envoyez le formulaire complété dès que possible, idéalement dans le même délai.
- Utilisez un envoi traçable : courrier recommandé, dépôt dans l’espace client, email avec accusé.
Une déclaration tardive peut compliquer votre dossier et, dans certains cas extrêmes, donner prétexte à l’assureur pour réduire l’indemnisation. Autant ne pas jouer avec ce chronomètre.
Les erreurs fréquentes qui ralentissent l’indemnisation
Quelques fautes de parcours reviennent si souvent qu’elles en deviennent presque classiques. Les éviter, c’est déjà gagner du temps :
- Laisser des cases vides : si une information ne s’applique pas, écrivez « Néant » ou « Non concerné ».
- Ne pas mentionner l’autre partie (voisin, syndic) alors qu’elle est manifestement concernée.
- Minimiser les dégâts (“ça va sécher”) ou au contraire les dramatiser en inventant des dommages.
- Oublier d’indiquer son assureur ou son numéro de contrat.
- Envoyer un formulaire illisible : écriture minuscule, ratures, tâches d’eau (certes dans le thème, mais peu pratique).
Une règle simple : remplissez comme si l’assureur ne connaissait pas votre logement, ni votre immeuble, ni votre voisin. Car c’est souvent le cas.
Joindre les bons documents pour accélérer l’indemnisation
Le formulaire est le cœur, mais il bat mieux entouré de quelques organes annexes :
- Photos avant/après (si vous en avez), ou au moins des dégâts.
- Factures de réparation (plombier, électricien, déshumidificateur, etc.).
- Factures d’achat pour les biens mobiliers endommagés (électroménager, meubles, tapis).
- Échanges avec le voisin ou le syndic s’ils éclairent l’origine de la fuite.
L’assureur n’est pas un devin. Chaque pièce ajoutée rend son travail plus simple, et donc plus rapide. Un dossier bien ficelé, c’est souvent un dossier moins discuté.
Et si l’assureur mandate un expert ?
Pour les sinistres d’ampleur moyenne à importante, ou lorsque l’origine du dégât est complexe, un expert peut être missionné. Le formulaire reste alors sa première boussole, mais :
- Préparez-vous à montrer les dégâts (ne réparez pas tout avant son passage, sauf urgence, et prenez des photos si vous devez le faire).
- Gardez sous la main le formulaire et les justificatifs que vous avez envoyés.
- Restez cohérent dans vos déclarations : ce que vous direz à l’expert doit correspondre à ce qui est écrit.
Un expert n’est pas un ennemi envoyé par l’assureur, mais un traducteur : il traduit votre sinistre en chiffres. Plus votre dossier est clair, plus sa traduction sera fidèle.
Petite mise en situation : l’exemple d’Emma
Emma, locataire au 3e étage, découvre un matin une belle auréole brune au plafond de sa chambre. Elle :
- Prend des photos du plafond, du mur, du parquet déjà humide.
- Prévient aussitôt son voisin du dessus, qui constate une fuite sous son ballon d’eau chaude.
- Contacte son assurance habitation et reçoit le formulaire de dégât des eaux par mail.
- Remplit le formulaire avec son voisin : chacun indique ses coordonnées, assureurs, décrit les dommages et l’origine présumée (fuite ballon d’eau chaude chez le voisin du dessus).
- Le voisin précise qu’un plombier est intervenu le jour même, facture à l’appui.
- Emma signe, le voisin signe, chacun garde une copie, Emma envoie le tout à son assureur avec les photos en PJ.
Résultat : dossier complet, clair, assureur rassuré. L’expert vient, confirme, indemnisation rapide. La plume a fait gagner du temps au marteau et au pinceau.
Quelques conseils finaux pour rester maître du jeu
Face à un dégât des eaux, on se sent vite dépossédé : de ses murs, de son confort, parfois de son calme. Le formulaire, lui, est la petite portion de terrain sur laquelle vous gardez entièrement la main.
- Gardez le contrôle de l’écrit : lisez, relisez, ne signez jamais dans la précipitation.
- Documentez tout : photos, dates, noms d’intervenants, factures.
- Communiquez tôt avec votre assureur : un appel ou un mail en amont vaut mieux qu’une incompréhension en aval.
- Ne cédez pas à la tentation du flou : la précision n’est pas l’ennemie de votre indemnisation, au contraire.
Un dégât des eaux, c’est l’intrusion de l’imprévu dans la maison que l’on croyait solide. Le formulaire d’assurance, lui, est la manière de remettre un peu d’ordre dans ce chaos humide. Bien rempli, il devient votre récit officiel, celui qui permettra à votre assurance habitation de transformer l’inondation en réparation, et le désagrément en simple épisode, vite derrière vous.

